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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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RABELAIS.

Rabelais, de dire: J'ai rompu dix lances en tournoi ou en bataille; uncharpentier en feroit bien autant; mais une louable gloire, c’est d’unelance d’avoir rompu dix de ses ennemis. » Ne sentez-vous pas déjàcomme le bon sens se substitue au faux point d’honneur, et comme ceRabelais, qui ne fait rien par gloriole et par crânerie, va corriger désor-mais les derniers des Bayards? Ils ne se corrigeront que trop.

Ici, dans la description des divers exercices, manège, chasse, lutte,natation, Rabelais s’amuse : ces tours de force de maître Gymnastedeviennent, sous sa plume, des tours de force de la langue. La prosefrançaise fait là aussi sa gymnastique, et le style s’y montre pro-digieux pour l’abondance, la liberté, la souplesse, la propriété à lafois et la verve. Jamais la langue, jusque-là, ne s’était trouvée àpareille fête.

C’est vraiment un admirable tableau idéal d’éducation, où presquetout devient sérieux, si on le réduit, du géant Gargantua, à des propor-tions un peu moindres. Il y a de l’excès, de la charge assurément danstout l’ensemble; mais c’est une charge qu’il est facile de ramener auvrai, et dans le sens juste de l’humaine nature. Le caractère toutnouveau de cette éducation est dans le mélange du jeu et de l’étude,dans ce soin de s’instruire de chaque matière en s’en servant, de fairealler de pair les livres et les 'choses de la vie, la théorie et la pratique,le corps et l’esprit, la gymnastique et la musique, comme chez les Grecs,mais sans se modeler avec idolâtrie sur le passé, et en ayant égard sanscesse au temps présent et à l’avenir.

Quand la journée est pluvieuse, l’emploi des heures est différent,et la diète aussi diffère. Faisant moins d’exercice en plein air, on senourrit ces jours-là avec plus de sobriété. Ces jours-là aussi, on visiteplus particulièrement les boutiques et ateliers des divers ouvriers lapi-daires, orfèvres, alchimistes, monnayeurs, horlogers, imprimeurs, sansoublier l’artillerie, alors toute nouvelle, et partout, « donnant le vin auxgens », on s’instruit dans les industries diverses. Il est remarquablecomme Rabelais veut que son royal élève soit en quête et curieux detoutes choses utiles, de toute invention moderne, afin qu’il ne se trouveempêché ni étonné nulle part, comme tant de petits savants qui ne saventque les livres. Une telle éducation à la Ponocrates concilie à la fois lesanciens et les modernes. Perrault, le novateur, ce digne commis de