RABELAIS.
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Colbert, n’y trouverait rien à désirer, etM me Dacier, l’adoratrice d’Homère,y trouverait son compte.
Nous avons dans ce cours d’éducation et d’étude à l’usage du jeuneGargantua le premier modèle de ce qu’ont représenté depuis, plus ausérieux mais non plus sensément, Montaigne, Charron, l’école de Port-Royal par endroits et parties, cette école chrétienne qui ne se savait passi fort à cet égard dans la même voie que Rabelais, l’étrange pré-curseur? Nous avons d’avance dans une vue et une gaieté de géniece que plus tard Jean-Jacques étendra dans son Emile en le systémati-sant, et Bernardin de Saint-Pierre dans ses Éludes de la Nature enl’affadissant.
Ce dernier, Bernardin de Saint-Pierre, dont le talent chaste, idéal,volontiers rêveur et mélancolique, semble le moins d’accord avec l’espritde Rabelais, l’a pourtant saisi à merveille par le côté sérieux que nousindiquons, et il a dit de lui dans une page mémorable et qui n’est pastoute chimérique, bien que trop simple de couleur et trop embellie :
« C’en était fait du bonheur des peuples, et même de la religion, lorsque deuxhommes de lettres, Rabelais et Michel Cervantes, s’élevèrent, l’un en France, et l’autreen Espagne, et ébranlèrent à la fois le pouvoir monacal et celui de la chevalerie. Pourrenverser ces deux colosses, ils n’employèrent d’autres armes que le ridicule, cecontraste naturel delà terreur humaine. (Quelle plus juste et plus heureuse définition!)Semblables aux enfants, les peuples rirent et se rassurèrent. Ils n’avaient plus d’autresimpulsions vers le bonheur que celles que leurs princes voulaient leur donner, sileurs princes alors avaient été capables d’en avoir. Le Télémaque parut, et ce livrerappela l'Europe aux harmonies de la nature. Il produisit une grande révolution dansla politique... »
Je n’oserai accepter tout à fait cette manière d’expliquer l’histoiremoderne et d’en rapporter le principal résultat à deux ou trois noms, àdeux ou trois livres. Il s’est passé dans les intervalles du Gargantua ,du Don Quichotte et du Télémaque , plus de choses que Bernardin deSaint-Pierre ne paraît en soupçonner. Il y a pourtant du vrai dans cettemanière d’envisagér Rabelais le franc rieur, au sortir des terreurs dumoyen âge et du labyrinthe de la scolastique, comme ayant consolé etrassuré le genre humain.
Ce plan d’éducation que j’admire chez Rabelais, chez Montaigne,chez Charron et chez quelques-uns de leurs successeurs, avait une