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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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RONSAKD.

II

Un des plus beaux sonnets de Ronsard, et qui le caractérisent lemieux dans son feu d’étude, dans sa fièvre de poésie et de travail, c’estcelui qui commence par ces vers empressés, impétueux :

Je veux lire en trois jours l'Iliade d’Homère,

Et pour ce, Corydon, ferme bien l’huis sur moi...

Il y ordonne à ce laquais, Corydon, de tenir sa porte exactement closeet de ne le déranger pour rien au monde, sous peine d’éprouver àl’instant sa colère. Il n’y aurait que le cas unique où quelqu’un vien-drait de la part de sa maîtresse Cassandre : oh ! alors la consigne tom-berait à l’instant; mais, hormis pour elle, il est invisible à l’univers:

Au reste, si un Dieu vouloit pour moi descendreDu ciel, ferme la porte et ne le laisse entrer.

Je le crois bien, en lisant avec cette passion YIliade d’Homère, il estdéjà avec les dieux mêmes et avec les héros fils des dieux.

Dans cette petite pièce on sent toute l’ardeur de la Renaissance, cetteavidité d’apprendre, de dévorer, de s'incorporer les anciens. Si Ronsardsort d’une lecture ainsi forcée- avec une poésie un peu haute en idée,mais inégale et indigeste, et la tête montée comme on dit, on n’en serapas surpris. Excusez-le s’il ne gouverne pas son français comme il lefaudrait, il vient de faire un excès d’Homère ou’de Pindare.

M. Gandar, qui est un adorateur d’Homère (et j’appelle adorateursceux qui le sont par un vœu tout spécial et par une pratiquefidèle), lui qui a fait le pèlerinage d’Ithaque, qui a visité le port dePhorcys et la grotte des Nymphes, qui a reconnu le lieu certain desétables d’Eumée,et déterminé l’endroit probable de la maison d’Ulysse 1 ,

1. Dans sa thèse latine Zte Ulyssis Ithaca, 185Î.