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MONTAIGNE.
lance dans sa vieillesse, et après avoir bien cherché et regardé toutalentour, il se trouve en définitive tout nu et en 'pourpoint. Car, « pourse laisser tomber à plomb et de si haut, il faut que ce soit entre les brasd’une affection solide, vigoureuse et fortunée : elles sont rares, s’il yen a». A cette manière dont il parle, on voit assez que La Boëtie dès long-temps n’était plus. Montaigne alors sent que c’est en lui seul, aprèstout, qu’il peut se fonder dans la détresse et s’affermir, et que c’est lemoment où jamais de mettre en pratique ces hautes leçons qu’il a passésa vie à recueillir çà et là dans les livres des philosophes ; il se ranime,il arrive à toute sa vertu: « En un temps ordinaire et tranquille on seprépare à des accidents modérés et communs; mais, en cette confusionoù nous sommes depuis trente ans, tout homme françois, soit en parti-culier, soit en général, se voit à chaque heure sur le point de l’entierrenversement de sa fortune ». Et, loin de s’abattre et de maudire le sortde l’avoir fait naître en un âge si orageux, il s’en félicite tout à coup :« Sachons gré au sort de nous avoir fait vivre en un siècle nonmol, languissant ni oisif. » Puisque la curiosité des sages va cher-cher dans le passé les confusions des États pour y étudier les secretsde l’histoire et, comme nous dirions, la physiologie du corps social ànu : « Ainsi fait ma curiosité, nous déclare-t-il, que je m’agrée aucune-ment de voir de mes yeux ce notable spectacle de notre mort publique, sessymptômes et sa forme ; et, puisque je ne la puis retarder, je suis content d’être destiné à y assister et m’en instruire. » Je ne me permettrai,pas de proposer à beaucoup de personnes une consolation de ce genre;la plupart des hommes n’ont pas de ces curiosités héroïques et acharnées*telles qu’en eurent Empédocle et Pline l’Ancien, ces deux curieux intré-pides qui allaient droit aux volcans et aux bouleversements de la naturepour les examiner de plus près, au risque de s’y abîmer et d’y périr..Avec Montaigne pourtant, de la nature dont nous le savons, cette pen-sée d’observation stoïque ne laissait pas d’introduire quelque consola-tion jusque dans les maux réels. Considérant l’espèce d’état de faussepaix et de trêve précaire, le régime de sourde et profonde corruptionqui avait précédé les derniers troubles, il se félicitait presque aussi dele voir cesser; car « c’étoit, dit-il de ce régime de Henri III, une join-ture universelle de membres gâtés en particulier, à l’envi les uns desautres, et, la plupart, d’ulcères envieillis, qui ne recevoieut plus ni ne