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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MALHERBE ET SON ÉCOLE.

neuve, élevée et douce : il en est resté quatre ou cinq odes au plus,mais dignes d’Horace, qu’on y retrouve imité sans servilité et avec génie,et bien faites surtout pour enchanter et inspirer, comme cela a dû être, lajeunesse de La Fontaine. Combien il y a peu, dans notre ancienne poésielyrique, de ces pièces de vers qu’on puisse relire ainsi à chaque prin-temps !

Les nombreuses anecdotes que chacun sait par cœur sur Malherbe,et dont plus d’une fait sourire, ne doivent pas détourner un moment lacritique du trait original et significatif qui est à respecter en lui : ileut le caractère et l’autorité, ce qui fait le chef de secte et le chefd’école. Né à Caen en 1555 d’un père magistrat, d’une famille plusnoble que riche, l’aîné de neuf enfants, ayant fait d’ailleurs des étudesassez variées et de gentilhomme sous la conduite d’un précepteur, tantôtà Caen, tantôt à Paris, et pendant deux ans aux universités d’Allemagne,il quitta tout à fait la maison paternelle à vingt et un ans pour s’atta-cher au service du duc d’Angoulême, fils naturel de Henri II, et grandprieur de France. Il fut auprès de lui, en qualité de premier secré-taire, à Aix où ce prince faisait fonction de gouverneur. 11 s’y don-nait un peu glorieusement pour fds d’un conseiller au parlement deNormandie, tandis que son père n’était que conseiller au présidial :« petit mensonge d’amour-propre, nous dit M. de Gournay, par lequel ilélevait son père d’un échelon dans la magistrature ». Malherbe reste làdix ans en Provence, et Aix peut se dire sa seconde patrie. Sous le hautpatronage du prince, il y voyait l’élite delà société; il s’y maria à vingt-six ans à une femme de trois ou quatre ans plus âgée que lui, veuvedéjà pour la seconde fois, et appartenant à une famille parlementairedes plus considérées dans le pays. D’Aix il accompagna quelque tempsson prince à Marseille, puis revint avec lui à Aix. Il goûtait la conversa-tion et l’esprit de la Provence. Ces propos de haute saveur lui revenaientfort ; on trouverait même trace de lui et de sa gaieté dans les poètesprovençaux de cette date. Quand il eut perdu son protecteur, en 1586,il habita tantôt la Normandie et tantôt la Provence, et l’on sait peu dechose de lui durant ces années'de troubles civils. Il tira sans doutel’épée quand il le fallut; il vivait de la vie de société et de voisinage; ils’occupait de ses affaires et de sa famille, il essayait péniblementd’établir sa maison : ayant perdu un fils aîné en bas âge et une fille déjà