MALHERBE ET SON ÉCOLE.
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grandissante, il élevait un dernier fils auquel il devait encore survivre.Il a dressé pour ce fils une Instruction publiée depuis peu l , et quin’est pas, comme on pourrait croire, une instruction morale, mais unétat de biens, une pièce de précaution et de défense en cas de procèsde famille : l’esprit normand, par un coin, s’y retrouve. Ce qu’on peut,dire au point de vue du talent, c’est que tous ces retards, ces Contra-riétés, qui barrèrent si longtemps sa carrière, furent utiles à Malherbe :elles l’empêchèrent de se classer décidément comme poète avant l’heurevoulue, et de débuter trop en public dans un temps où il aurait encoreporté des restes de couleur de l’école poétique finissante. 11 eut tout leloisir de prendre son pli et de marquer dans sa manière en quoi il seséparait de ses prédécesseurs. Son genre d’esprit et de génie avaitbesoin d’ailleurs d’un régime fixe, régulier ; l’ordre public rétabli parHenri 1Y devait naturellement appuyer et précéder cet ordre tout nouveauà établir également dans les Lettres et dans les rimes.
La première ode de Malherbe qui le mit en vue fut celle qu’ilprésenta, étant à Aix, en 1600, à Marie de Médicis, la jeune reine quivenait prendre possession du trône :
Peuples, qu’on mette sur la tête
Tout ce que la terre a de fleurs...
André Chénier, commentateur excellent, a remarqué les beautés rares, età cette date toutes neuves, de cette ode qui aujourd’hui frappe bien plutôtle lecteur par ses côtés exagérés et faux. En même temps, André Chéniertouche à un défaut trop réel chez Malherbe, la stérilité d’invention etd’idées : « Au lieu, dit-il, de cet insupportable amas de fastidieusegalanterie dont il assassine cette pauvre reine, un poète fécond et véri-tablement lyrique, en parlant à une princesse du nom de Médicis yn’aurait pas oublié de s’étendre sur les louanges de cette familleillustre qui a ressuscité les Lettres et les arts en Italie, et de làen Europe. Comme elle venait régner en France, il en aurait tiré un
1. Instruction de F. de Malherbe à son fils, publiée pour la première fois en entier d’après-le manuscrit de la bibliothèque d’Aix, par M. de Chennevières (1846). — M. Roux-Àlphéranavait le premier, il y a quelque trente ans, retrouvé cette pièce et en avait déjà tiré partidans ses Recherches biographiques sur Malherbe.