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MOLIERE.
comme on l’a cru longtemps, sous les piliers des balles, mais, d’après ladécouverte qu’en a faite M. BelTara, dans une maison de la rue Saint-Honoré, au coin de la rue des Vieilles-Étuves. Il était par sa mère etpar son père d’une famille de tapissiers. Son père, qui, outre son état,avait la charge de valet-de-chambre-tapissier du roi, destinait son fils àlui succéder, et le jeune Poquelin, mis de bonne heure en apprentissagedans la boutique, ne savait guère à quatorze ans que lire, écrire,compter, enfin les éléments utiles à sa profession. Son grand-pèrematernel pourtant, qui aimait fort la comédie, le menait quelquefois àl’hôtel de Bourgogne, où jouaient Bellerose dans le haut comique,Gautier-Garguille, Gros-Guillaume et Turlupin dans la farce. Chaquefois qu’il revenait de la comédie, le jeune Poquelin était plus triste, plusdistrait du travail de la boutique, plus dégoûté de la perspective de saprofession. Qu’on se figure ces matinées rêveuses d’un lendemain decomédie pour le génie adolescent devant qui, dans la nouveauté del’apparition, la vie humaine se déroulait déjà comme une scène perpé-tuelle. Il s’en ouvrit enfin à son père, et, appuyé de son aïeul qui legâtait, il obtint de faire des études. On le mit dans une pension, à cequ’il paraît, d’où il suivit comme externe, le collège de Clermont, depuisde Louis-le-Grand, dirigé par les jésuites.
Cinq ans lui suffirent pour achever tout le cours de ses études, ycompris la philosophie; il fit de plus au collège d’utiles connaissances, etqui influèrent sur sa destinée. Le prince de Conti, frère du grand Condé,fut un de ses condisciples et s’en ressouvint toujours dans la suite. Ceprince, bien qu’ecclésiastique d’abord, et tant qu’il resta sous la con-duite des jésuites, aimait les spectacles et les défrayait magnifiquement;en se convertissant plus tard du côté des jansénistes, et, en rétractantses premiers goûts au point d’écrire contre la comédie, il sembla trans-mettre du moins à son illustre aîné le soin de protéger jusqu’au boutMolière. Chapelle devint aussi l’ami d’études de Poquelin et lui procurala connaissance et les leçons de Gassendi, son précepteur. Ces leçonsprivées de Gassendi étaient en outre entendues de Bernier, le futurvoyageur, et de Hesnault, connu par son invocation à Vénus; ellesdurent influer sur la façon de voir de Molière, moins par les détails del’enseignement que par l’esprit qui en émanait, et auquel participèrenttous les jeunes auditeurs. Il est à remarquer en effet combien furent