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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MOLIÈRE.

et romanesque, dans beaucoup de vers de Don Garde et de la Princessed'Élidé, dans ces trois charmantes scènes de dépit amoureux, tant de lapièce de ce nom, que du Tartuffe et du Bourgeois Gentilhomme , enfindans la scène touchante dElvire voilée, au quatrième acte de Don Juan.Plaute et Rabelais, ces grands comiques, offrent aussi, malgré leur répu-tation, des traces dune faculté sensible, délicate, quon surprend en euxavec bonheur,mais Molière surtout; il y a tout un Térence dans Molière.En amitié, on naurait que de beaux traits à en dire; son sonnet sur lamort de labbé Lamothe-le-Vayer et la lettre quil y a jointe honorent sadouleur; bien mieux que le lyrique Malherbe, il sentendait à pleureravec un père. Je veux citer de Don Garde quelques vers de tendresse,desquels Racine eût pu être jaloux pour sa Bérénice.

Un soupir, un regard, une simple rougeur,

Un silence est assez pour expliquer un cœur.

Tout parle dans lamour, et sur cette matièreLe moindre jour doit être une grande lumière.

Oh! que la différence est connue aisémentDe toutes ces faveurs quon fait avec étude,

A celles du cœur fait pencher lhabitude!

Dans les unes toujours on paroît se forcer;

Mais les autres, hélas! se font sans y penser,

Semblables à ces eaux si pures et si bellesQui coulent sans effort des sources naturelles.

t dans les Fâcheux :

Lamour aime surtout les secrètes faveurs;

Dans lobstacle quon force il trouve des douceurs,

Et le moindre entretien de la beauté quon aime,

Lorsquil est défendu, devient grâce suprême.

Et dans la Princesse dÉlidé, premier acte, première scène, ces vers quiexpriment une observation si vraie sur les amours tardives, développéeslongtemps seulement après la première rencontre:

Ah ! quil est bien peu vrai que ce quon doit aimer,

Aussitôt quon le voit, prend droit de nous charmer,

E t quun premier coup dœil allume en nous les flammes le Ciel en naissant a destiné nos âmes!