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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MOLIÈRE.

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avec toute 3a tirade qui suit. Or Molière, de complexion sensible à cepoint et amoureuse, vers le temps il peignait le plus gaiement dumonde Arnolphe dictant les commandements du mariage à Agnès, Mo-lière, âgé de quarante ans lui -même (1662), épousait la jeune ArmandeBéjart, âgé de dix-sept au plus et sœur cadette de Madeleine 1 . Malgrésa passion pour elle et malgré son génie, il néchappa point au malheurdont il avait donné de si folâtres peintures. Don Garcie était moins jalouxque Molière. Georges Dandiu et Sganarelle étaient moins trompés. Apartir de la Princesse dElide, linfidélité de sa femme commença delui apparaître, sa vie domestique ne fut plus quun long tourment.Averti des succès quon attribuait à M. de Lauzua près delle, il envint à une explication. M me Molière, dans cette situation difficile, luidonna le change sur Lauzun en avouant une inclination pour M. deGuiche, et sen tira, dit la chronique, par les larmes et un évanouissement.Tout meurtri de sa disgrâce, notre poète se remit à aimer M lle de Brieou plutôt il venait sentretenir près delle des injures de lautreamour; Alceste est ramené à Éliante par les rebuts de Gélimène. Lors-quil donna le Misanthrope , Molière, brouillé avec sa femme, ne la voyaitplus quau théâtre, et il est difficile quentre elle, qui jouait en effet Gélimène, et lui qui représentait Alceste, quelque allusion à leurs sentiments

1. On a cru longtemps que cette Béjart, femme de Molière, était fille naturelle et non sœurde lautre Béjart; on la même cru du vivant de Molière, et depuis sans interruption, jusquàce que M. Beffara découvrit de nos jours lacte de mariage qui dérange cette parenté. M. FortiadUrban a essayé dinfirmer, non pas lauthenticité, mais la valeur de cet acte, et, au milieu debeaucoup de raisons vaines, il a avancé quelques réflexions assez plausibles. Il est bien singulier,en effet, que tous les biographes de Molière, à partir de Grimarest, aient écrit, sans contra-diction, quil avait épousé la fille naturelle de la Béjart, sa première maîtresse. Montfleuryadressa mêmq à Louis XIV une dénonciation contre lillustre comique, laccusant davoir épouséla fille après avoir vécu avec la mère, et insinuant par, quil avait pu épouser sa proprefille : ce qui, dans tous les cas, serait invinciblement réfutable par les dates. Louis XIV nerépondit à ce déchaînement de la haine quon devenant parrain du premier enfant queutMolière. Certes, la plus directe justification que Molière pût offrir au roi en cette circonstancefut lacte de son mariage et la preuve que les deux Béjart nétaient que sœurs. Mais commenttous ceux qui ont écrit sur Molière, comme Grimarest, son principal biographe, qui écrivaitdaprès Baron, comment les autres contemporains, Marcel, auteur présumé dune premièreVie abrégée, lauteur inconnu de la fameuse Comédienne, Bayle, de Visé, qui contredit Grima-rest sur plusieurs points, ont-ils ignoré cette façon dont Molière dut répondre? Comment uneerreur aussi forte, sur une relation aussi rapprochée, a-t-elle fait autorité du temps de Molière,et môme auprès des personnes qui lavaient beaucoup vu et pratiqué?... Et cependant, malgréla difficulté de lexplication, cest bien à lacte quil faut croire.