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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

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surtout et avant tout que me paraît relever Boileau ; on peut dire quilest littérairement des Provinciales. Le dessein critique et poétique deBoileau se définirait très-bien en ces termes : amener et élever la poésiefrançaise qui, sauf deux ou trois noms, allaita laventure et était en déca-dence, lamener à ce niveau les Provinciales avaient fixé la prose, etmaintenir pourtant les limites exactes et les distinctions des deux genres.Pascal sétait moqué de la poésie et de ces oripeaux convenus, siècle d'or,merveille de nos jours, fatal laurier, bel astre : « Et on appelle ce jar-gon, disait-il, beauté poétique I »I1 sagissait pour Boileau de rendre désor-mais la poésie respectable aux Pascals eux-mêmes, et de ny rien souffrirquun bon jugement réprouvât.

Quon se représente létat précis de la poésie française au moment il parut, et quon la prenne chez les meilleurs et chez les plus grands.Molière, avec son génie, rime à bride abattue; La Fontaine, avec sonnonchaloir, laisse souvent flotter les rênes, surtout dans sa première ma-nière ; le grand Corneille emporte son vers comme il peut, et ne retoucheguère. Voilà donc Boileau le premier qui applique au style de la poésiela méthode de Pascal :

Si jécris quatre mots, jen effacerai trois.

Il reprend la loi de Malherbe et la remet en vigueur; il létend et lappro-prie à son siècle; il lapprend à son jeune ami Racine, qui sen passeraitquelquefois sans cela ; il la rappelle et linculque à La Fontaine déjàmûr 1 ; il obtient même que Molière, en ses plus accomplis ouvrages envers, y pense désormais à deux fois. Boileau comprit et fit comprendreà ses amis que « des vers admirables nautorisaient point à négliger ceuxqui les devaient environner ». Telle est son œuvre littéraire dans sa vraiedéfinition.

Mais cette seule pensée tuait cette foule de beaux esprits et derimeurs à la mode qui ne devaient quau hasard et à la multitude des

1. « Ce fut Boileau, savez-vous bien? qui procura un libraire à La Fontaine pour ses meilleursouvrages. La première édition des Fables, contenant les six premiers livres, fut publiée en1668, chez le libraire Denys Thierry. Ce Thierry dabord ne voulait point imprimer les ouvragesde La Fontaine : « Je l'en pressai, dit Boileau, et ce fut à ma considération quil lui donna« quelque argent. Il y a gagné des sommes infinies. » (Conversation de Boileau du 12 décembre1703, recueillie et notée par Mathieu Marais.)