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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

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coups de plume quelques traits heureux, et qui ne vivaient que du relâ-chement et de la tolérance. Elle ne frappait pas moins directement cesoracles cérémonieux et empesés qui sétaient fait un crédit imposant encour à laide dune érudition sans finesse de jugement et sans goût. Cha-pelain était le chef de ce vieux parti encore régnant. Un des premierssoins de Boileau fut de le déloger de lestime de Colbert, sous qui Chape-lain était comme le premier commis des lettres, et de le rendre ridiculeaux yeux de tous comme écrivain.

Dieu sait quel scandale causa cette audace du jeune homme ! Les Mon-tausier, les Huet, les Pellisson, les Scudéry, en frémirent; mais il suffitque Colbert comprît, quil distinguât entre tous le judicieux téméraire, quilse déridât à le lire et à lentendre, et quau milieu de ses graves labeurs,la seule vue de Despréaux lui inspirât jusquà la fin de lallégresse.Boileau était un des rares et justes divertissements de Colbert. On nousa tant fait Boileau sévère et sourcilleux dans notre jeunesse, que nousavons peine à nous le figurer ce quil était en réalité, le plus vif desesprits sérieux et le plus agréable des censeurs.

Pour mieux me remettre en sa présence, jai voulu revoir hier, auMusée de sculpture, le beau buste qua fait de lui Girardon. Il y esttraité dans une libre et large manière : lample perruque de rigueur estnoblement jetée sur son front et ne le surcharge pas ; il a lattitude fermeet même fière, le port de tête assuré ; un demi-sourire moqueur erresur ses lèvres ; le pli du nez un peu relevé, et celui de la bouche, indi-quent lhabitude railleuse, rieuse et même mordante ; la lèvre pourtantest bonne et franche, entrouverte et parlante ; elle ne sait pas retenirle trait. Le cou nu laisse voir un double menton plus voisin pourtant dela maigreur que de lembonpoint; ce cou, un peu creusé, est bien dac-cord avec la fatigue de la voix quil éprouvera de bonne heure. Mais àvoir lensemble, comme on sent bien que ce personnage vivant était lecontraire du triste et du sombre, et point du tout ennuyeux !

Avant de prendre lui-même cette perruque un peu solennelle,Boileau jeune en avait arraché plus dune à autrui. Je ne répéterai pasce que chacun sait, mais voici une historiette qui nest pas encore entrée,je crois, dans les livres imprimés. Un jour, Racine, qui était aisémentmalin quand il sen mêlait, eut lidée de faire lexcellente niche de menerBoileau en visite chez Chapelain, logé rue des Cinq-Diamants, quartier

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