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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOILEAU.

de Boileau, nétaient pas ceux quil aurait le plus sûrement reconnuspour siens. Lhomme qui a le mieux senti et commenté Boileau poëteau xvm e siècle est encore Le Brun, lami dAndré Chénier, et si accuséde trop daudace par les rimeurs prosaïques. Boileau était plus hardiet plus neuf que ne le pensaient même les Andrieux. Mais laissons lessuppositions sans but précis et sans solution possible. Prenons leschoses littéraires telles quelles nous sont venues aujourdhui,dans leur morcellement et leur confusion ; isolés et faibles que noussommes, acceptons-les avec tout leur poids, avec les fautes de tous,en y comprenant nos propres fautes aussi et nos écarts dans le passé.Mais, même les choses étant telles, que ceux du moins qui se sentent eneux quelque part du bon sens et du courage de Boileau et des hommesde sa race ne faiblissent pas. Car il y a la race des hommes qui,lorsquils découvrent autour deux un vice, une sottise, ou littéraire oumorale, gardent le secret et ne songent quà sen servir et à en profiterdoucement dans la vie par des flatteries intéressées ou des alliances ;cest le grand nombre. Et pourtant il y a la race encore de ceux qui,voyant ce faux et ce convenu hypocrite, nont pas de cesse que, sousune forme ou sous une autre, la vérité, comme ils la sentent, ne soitsortie et proférée. Quil sagisse de rimes ou même de choses un peuplus sérieuses, soyons de ceux-.

P. S. Je maperçois, en terminant, que je nai point parlé duneSatire inédite , attribuée à Boileau, récemment trouvée dans les manus-crits de Conrart à lArsenal avec le nom Despréaux au bas, et publiéepar un jeune et studieux investigateur, M. L. Passv {Bibliothèque delÉcole des chartes , 3 e série, tome III, page 172); mais, après avoirbien examiné ce point, et nonobstant la spirituelle plaidoirie deM. Passy, il me paraît impossible que cette pièce, qui est de 1662,cest-à-dire postérieure aux premières satires que Boileau avait déjàcomposées à cette date, lui appartienne réellement; elle est dun fairetout différent du sien, plate et de la plus mauvaise école. Sil lavaitfaite à dix-huit ans ou à vingt, on naurait rien à dire ; mais à vingt-six ans, et après les satires i et vi, qui datent de 1660, cest impossible.

Lundi, 27 septembre 1852.