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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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RACINE.

Quand pourrai-je, au travers dune noble poussière,

Suivre de lœil un char fuyant dans la carrière?

dit la Phèdre de Racine. Dans Euripide, ce mouvement est beaucoupplus prolongé : Phèdre voudrait dabord se désaltérer à leau pure desfontaines et sétendre à lombre des peupliers ; puis elle sécrie quon laconduise sur la montagne, dans les forêts de pins, les chiens chassentle cerf, et quelle veut lancer le dard thessalien ; enfin elle désirelarène sacrée de Limna, sexercent les coursiers rapides: et la nour-rice qui, à chaque souhait, la interrompue, lui dit enfin : « Quelle estdonc cette nouvelle fantaisie? Vous étiez tout à lheure sur la montagneà la poursuite des cerfs, et maintenant vous voilà éprise du gymnaseet des exercices des chevaux! Il faut envoyer consulter loracle... » Autroisième acte, au moment Thésée, quon croyait mort, arrive etquand Phèdre, OEnone et Hippolyte sont en présence, Phèdre ne trouverien de mieux que de senfuir en sécriant:

Je ne dois désormais songer qu'à me cacher;

cest imiter lart ingénieux de Timanthe, qui, à linstant solennel, voilala tête dAgamemnon.

Tout ceci nous conduirait, si nous losions, à conclure avec Corneilleque Racine avait un bien plus grand talent pour la poésie en généralque pour le théâtre en particulier, et à soupçonner que, sil fut drama-tique en son temps, cest que son temps nétait quà cette mesure dedramatique ; mais que probablement, sil avait vécu de nos jours, songénie se serait de préférence ouvert une autre voie. La vie de retraite,de ménage et détude, quil mena pendant les douze années de sa matu-rité la plus entière, semblerait confirmer notre conjecture. Corneilleaussi essaya pendant quelques années de renoncer au théâtre; mais,quoique déjà sur le déclin, il ny put tenir, et rentra bientôt dans larène.Rien de cette impatience ni de cette difficulté à se contenir ne paraîtavoir troublé le long silence de Racine. Il écrivait lhistoire de Port-Royal, celle des campagnes du roi, prononçait deux ou trois discoursdacadémie, et sexerçait à traduire quelques hymnes déglise, M me deMaintenon le tira de son inaction vers 1688, en lui demandant une