RACINE.
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naïf du sublime et le naïf du gracieux, et s’interdit soigneusement l’unet l’autre. 11 ne dit pas comme Lamartine :
Osias n’était plus ; Dieu m’apparut : je visAdonaï vêtu de gloire et d’épouvante ;
Les bords éblouissants de sa robe flottanteRemplissaient le sacré parvis.
Des séraphins debout sur des marches d’ivoireSe voilaient devant lui de six ailes de feux ;
Volant de l’un à l’autre, ils se disaient entre eux :
Saint, Saint, Saint, le Seigneur, le Dieu, le roi des dieux!
Toute la terre est pleine de sa gloire !
Il ne dirait pas dans ses chœurs, quand il fait parler l’impie voluptueux :
Ainsi qu’on choisit une roseDans les guirlandes de Sarons,
Choisissez une vierge écloseParmi les lis de vos vallons :
Enivrez-vous de son haleine,
Écartez ses tresses d’ébène,
Goûtez les fruits de sa beauté.
Vivez, aimez, c’est la sagesse :
Hors le plaisir et la tendresse,
Tout est mensonge et vanité.
11 ne dirait pas davantage :
O tombeau ! vous êtes mon père ;
Et je dis aux vers de la terre :
Vous êtes ma mère et mes sœurs.
Royal : en attendant, je me borne à en tirer les remarques que voici : « Quelle erreur nousavons soutenue autrefois ? Il nous paraissait qu’Alhalie aurait été plus belle, s’il y avait eules grandes statues dans le vestibule, le bassin d’airain, etc. Cela, au contraire, présentédisproportionnément, nous eût caché le vrai sujet, le Dieu un et spirituel, invisible et quiremplit tout. — Peu de décors dans Racine ; et il a raison au fond : l’unité du Dieu invisibleen ressort mieux. Lorsque Pompée, usant du droit de conquête, entra dans le Saint desSaints, il observa avec étonnement, dit Tacite, qu’il n’y avait aucune image, et que lesanctuaire était vide. C’était un dicton populaire, en parlant des Juifs, que
Nil prœter nubes et cœli nwnen adorant . »