BOSSUET
I
La gloire de Bossuet est devenue Tune des religions de la France ;on la reconnaît, on la proclame, on s’honore soi-même en y apportantchaque jour un nouveau tribut, en lui trouvant de nouvelles raisonsd’être et de s’accroître ; on ne la discute plus. C’est le privilège de lavraie grandeur de se dessiner davantage à mesure qu’on s’éloigne, et decommander à distance. Ce qu’il y a de singulier pourtant dans cettefortune et cette sorte d’apothéose de Bossuet, c’est qu’il devient ainsi deplus en plus grand pour nous, sans, pour cela, qu’on lui donne néces-sairement raison dans certaines controverses des plus importantes où ila été engagé. Vous aimez Fénelon, vous chérissez ses grâces, son insi-nuation noble et fine, ses chastes élégances; vous lui passeriez mêmeaisément ce qu’on appelle ses erreurs : et Bossuet les a combattues, ceserreurs, non-seulement avec force, mais à outrance, mais avec unesorte de dureté. N’importe ! la grande voix du contradicteur vous enlèvemalgré vous et vous force à vous incliner, sans égard à vos secrètesattaches pour celui qu’il abat. De même que pour les longues et opi-niâtres batailles rangées qui se sont livrées sur la question gallicane.Êtes-vous gallican, ou ne l’êtes-vous pas? vous applaudissez, ou vouspoussez un soupir à cet endroit de la carrière, mais l’ensemble de lacourse illustre ne garde pas moins à vos yeux sa hauteur et sa majesté.J’oserai dire la même chose de la guerre sans trêve que Bossuet a faiteau protestantisme sous toutes les formes. Tout protestant éclairé, enfaisant ses réserves sur les points d’histoire, avouera avec respect qu’il