BOSSUET.
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tout le poison qu’elles ont préparé pour les cœurs , ce sont ces regardsqu’elles aiment. » Un orateur, je le sais, n’est pas une vierge; la pre-mière condition de l’orateur, même sacré,est d’oser et d’avoir du front:mais quel front que celui de Bossuet ! Je puis dire que, dans sa mâleet virile pudeur, il aurait rougi, même enfant, de cette manière d’êtreregardé pour être peint. Loin, loin de lui ces caresses et ces tours deforce physiologiques d’un pinceau qui s’amuse au carmin et aux veines !Allez plutôt voir au Louvre son buste par Goysevox : noble tête, beauport, fierté sans jactance, front haut et plein, siège de pensée et demajesté ; la bouche singulièrement agréable en effet, fine, parlantemême lorsqu’elle est au repos; le profil droit et des plus distingués : entout une expression de feu, d’intelligence et de bonté, la figure la plusdigne de l’homme, selon qu’il est fait pour parler à son semblable etpour regarder les cieux. Otez de ce visage les rides, répandez-y la fleurde la vie, jetez-y le voile de la jeunesse, rêvez un Bossuet jeune etadolescent, mais ne vous le décrivez pas trop à nous-même, de peur demanquer à la sévérité du sujet et au respect qui lui est dû.
Lundi 29 mai -18-34.
II
Je n’ai dessein pour cette fois encore que de continuer ma vue deBossuet considéré dans sa première carrière, non pas avant sa renommée(car elle commença de bonne heure], mais avant sa gloire. La religionqu’on a pour lui n’a pas besoin d’être de la superstition, et rien n’em-pêche de reconnaître les hasards et les inégalités frappantes d’une parolejeune, qui atteindra sitôt d’elle-même à la plénitude de son éloquence.11 y a loin du Panégyrique cle saint Gorgon , qu’il prêchait à Metz dansles années de son séjour, au Panégyrique de saint Paul qui signala lespremières années de sa prédication à Paris, et qui est déjà du plusgrand de nos orateurs sacrés (1661). Dans le Panégyrique de saint