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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOSSUET.

Gorgon, le sujet évidemment lui fait faute ; on ne sait guère autre'chose de ce martyr que son supplice, et lorateur sy voit forcé de serejeter sur laffreux détail des tortures physiques queut à subir celuiquil doit célébrer: « Le tyran fait coucher le saint martyr sur ungril de fer, déjà tout rouge par la véhémence de la chaleur, qui aussitôtrétrécit ses nerfs dépouillés... Quel horrible spectacle! » Et il le décrit,ne faisant grâce daucune circonstance. On a deux discours de Bossuetsur le même sujet, ou du moins un discours entier et le précis oucanevas dun autre quil prononça également : cétait un tribut payé àune paroisse de la ville qui était sous linvocation du saint. Bossuet nestpas de ces talents ingénieux qui ont lart de traiter excellemment dessujets médiocres et dy introduire des ressources étrangères : mais que lesujet qui solfre à lui soit vaste, relevé, majestueux, le voilà à son aise,et plus la matière est haute, plus il va se sentir à son niveau et dans sarégion. Lorsquil eut quitté Metz pour sétablir à Paris, Bossuet enmarqua aussitôt leffet dans son éloquence, et, à le lire dans ses pro-ductions dalors, on éprouve comme le passage dun climat à un autre.« En suivant les discours de Bossuet dans leur ordre chronologique, atrès-bien dit labbé Vaillant, nous voyons les vieux mots tomber succes-sivement comme tombent les feuilles des bois. » Les expressions suran-nées ou triviales, les images rebutantes, les oublis de goût qui sontencore moins la faute de la jeunesse de Bossuet que de toute cetteépoque de transition qui précéda le grand règne, disparaissent et nelaissent subsister que cette langue neuve, familière, imprévue, qui nereculera jamais, comme il la dit de saint Paul, devant les glorieusesbassesses du Christianisme , mais qui en saura aussi consacrer magnifi-quement les combats, le gouvernement spirituel et le triomphe. Appelésouvent à prêcher devant la Cour à dater de 1662, ayant à parler dansles églises ou dans les grandes communautés de Paris, Bossuet y acquiten un instant la langue de lusage, tout en gardant et développant lasienne; il dépouilla entièrement la province : celle-ci, dans un exerciceet une discipline de six années, lavait aguerri ; la Cour ne le politquautant quil fallut. Il était orateur complet dès lâge de trente-quatreans. Durant huit ou neuf années (1660-1669), il fut le grand prédica-teur en vogue et en renom.

Deux opinions se sont produites lorsquon imprima pour la première