BOSSUET.
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répandre les reconnaissances de son cœur et déployer déjà ses magnifi-cences historiques, n’a pas été imprimé.
Enfin la mort de la reine d’Angleterre vint lui offrir (1669) le plusmajestueux et le plus grandiose des sujets. Il lui fallait la chute et larestauration des trônes, la révolution des empires, toutes les fortunesdiverses assemblées en une seule vie et pesant sur une îr.ême tête : ilfallait à l’aigle la vaste profondeur des cieux, et en bas tous les abîmeset les orages de l’Océan. Mais notons encore un service que Louis XIVet son règne rendirent à Bossuet : ces grands sujets, il les aurait euségalement dans les époques désastreuses et à travers les Frondes et lesdiscordes civiles, mais il les aurait eus épars en quelque sorte, et sanslimites : Louis XIV présent avec son règne lui donna le cadre où cesvastes sujets se limitèrent et se fixèrent sans se rétrécir. Dans l’époqueauguste et si définie au sein de laquelle il parlait, Bossuet, sans rienperdre de son étendue et de ses hardiesses de coup d’œil à distance,trouvait partout autour de lui son point d’appui, cette sécurité, et cetencouragement ou avertissement insensible dont le talent et le génie lui-même ont besoin. Bossuet mettait sans doute sa certitude avant tout dansle Ciel ; mais, orateur, il redoublait d’autorité et de force calme en sentantque sous lui, et au moment où il la pressait du pied, la terre de Francene tremblait plus.
Je ne fais que m’arrêter au seuil avec Bossuet : d’autres publica-tions, je l’espère, me fourniront des occasions nouvelles et m’exciterontaussi à le suivre en quelques-unes de ses autres œuvres. J’aurais puparler avec plus de détail du livre de M. Poujoulat : l’auteur l’auraitdésiré peut-être, et certes il le méritait pour son utile et consciencieuxtravail. Mais il me pardonnera de ne pas entrer avec lui dans des discus-sions qui ne seraient que secondaires : je loue trop l’esprit général deson livre et aussi j’approuve trop l’ensemble de 1 exécution, pour vouloirinstituer une critique en forme sur quelques parties. Cette fois donc,en présence d’un si grand sujet et au pied de la statue, qu’il me suffised’avoir donné d’un ciseau timide ce que j’appelle une première atteinte.
Lundi 3 juin 4854.