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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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BOSSUET.

trop à ses répugnances instinctives et abondait, comme on dit, dans sonpropre sens. Quant à ce qui est dit, en un autre endroit du Journal,de plus fort et de plus dur encore contre Fénelon, que Bossuet « trancheavoir été toute sa vie un parfait hypocrite ». ce sont de ces parolesregrettables qui peuvent échapper dans le laisser-aller dun tête-à-têtefamilier, et que celui même qui les a prononcées ne reconnaîtrait passil les voyait produites au grand jour : faiblesses et traces de lhuma-nité, quil est fâcheux que Le Dieu ait recueillies et quil ait commetrahies en les révélant.

Au reste, le même abbé Le Dieu les rétractera pour sa part, cesmesséantes paroles, autant quil sera en lui ; car Bossuet mort, et peu demois après, ayant eu loccasion de faire un voyage à Cambrai, il futséduit, il fut charmé comme tous ceux qui approchaient de laimable etde lédifiant archevêque ; et ce même homme qui avait couché dans sonJournal ce que, par égard pour Bossuet même, on voudrait effacer, écri-vait à M me de La Maisonfort, en racontant tout ce quil avait ouï et vude la vénération unanime partout acquise à Fénelon :

« Mais je men tiens à ce que jai vu dans Cambrai, tout est à ses pieds : onest frappé de la magnificence de sa table, de ses appartements et de ses meubles;mais, au milieu de tout cela, ce qui touche bien davantage, cest la modestie et, à lalettre, la mortification de ce saint prélat. Lopulence de sa maison est pour la grandeplace quil remplit et pour des bienséances détat; ce sont des dehors qui lenvi-ronnent; mais, dans sa personne, tout est simple et modeste comme auparavant; sesmanières mômes et ses discours sont, comme autrefois, pleins daffabilité; cest, eneffet, la même personne que jai eu lhonneur de pratiquer à Germigny, il y a dix-septou dix-huit ans et plus... Jugez si je suis content de mon voyage! ce nest passeulement les honneurs de la réception qui mont charmé, et dont je conserverai toutema vie le souvenir avec la reconnaissance, mais cest bien plus ce beau modèle desprélats en qui jai vu et admiré plus de choses que la réputation ne men avait appris.Aussi suis-je revenu avec une plus grande envie quauparavant de retourner quelquejour, sil plaît à Dieu, et si je puis en obtenir la permission, pour en apprendredavantage. »

Voilà leffet que produisait à première vue Fénelon sur celui quiadmirait le plus Bossuet, et qui sortait de passer vingt années auprèsde lui.

A la date le Journal de Le Dieu commence, Bossuet est âgé desoixante et onze ans et na plus que trois ans et demi à vivre. Sa santé