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BOSSUET.
trop à ses répugnances instinctives et abondait, comme on dit, dans sonpropre sens. Quant à ce qui est dit, en un autre endroit du Journal,de plus fort et de plus dur encore contre Fénelon, que Bossuet « trancheavoir été toute sa vie un parfait hypocrite ». ce sont de ces parolesregrettables qui peuvent échapper dans le laisser-aller d’un tête-à-têtefamilier, et que celui même qui les a prononcées ne reconnaîtrait pass’il les voyait produites au grand jour : faiblesses et traces de l’huma-nité, qu’il est fâcheux que Le Dieu ait recueillies et qu’il ait commetrahies en les révélant.
Au reste, le même abbé Le Dieu les rétractera pour sa part, cesmesséantes paroles, autant qu’il sera en lui ; car Bossuet mort, et peu demois après, ayant eu l’occasion de faire un voyage à Cambrai, il futséduit, il fut charmé comme tous ceux qui approchaient de l’aimable etde l’édifiant archevêque ; et ce même homme qui avait couché dans sonJournal ce que, par égard pour Bossuet même, on voudrait effacer, écri-vait à M me de La Maisonfort, en racontant tout ce qu’il avait ouï et vude la vénération unanime partout acquise à Fénelon :
« Mais je m’en tiens à ce que j’ai vu dans Cambrai, où tout est à ses pieds : onest frappé de la magnificence de sa table, de ses appartements et de ses meubles;mais, au milieu de tout cela, ce qui touche bien davantage, c’est la modestie et, à lalettre, la mortification de ce saint prélat. L’opulence de sa maison est pour la grandeplace qu’il remplit et pour des bienséances d’état; ce sont des dehors qui l’envi-ronnent; mais, dans sa personne, tout est simple et modeste comme auparavant; sesmanières mômes et ses discours sont, comme autrefois, pleins d’affabilité; c’est, eneffet, la même personne que j’ai eu l’honneur de pratiquer à Germigny, il y a dix-septou dix-huit ans et plus... Jugez si je suis content de mon voyage! ce n’est passeulement les honneurs de la réception qui m’ont charmé, et dont je conserverai toutema vie le souvenir avec la reconnaissance, mais c’est bien plus ce beau modèle desprélats en qui j’ai vu et admiré plus de choses que la réputation ne m’en avait appris.Aussi suis-je revenu avec une plus grande envie qu’auparavant de retourner quelquejour, s’il plaît à Dieu, et si je puis en obtenir la permission, pour en apprendredavantage. »
Voilà l’effet que produisait à première vue Fénelon sur celui quiadmirait le plus Bossuet, et qui sortait de passer vingt années auprèsde lui.
A la date où le Journal de Le Dieu commence, Bossuet est âgé desoixante et onze ans et n’a plus que trois ans et demi à vivre. Sa santé