BOSSUET.
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ceux qui y veulent à chaque instant la parole vive, et Massillon au con-traire disant, quand on lui demandait quel était son meilleur sermon :
« Mon meilleur sermon est celui que je sais le mieux. »
Les jugements de Bossuet sur Fénelon sont encore plus sévères, etils sont décidément injustes. On les voudrait taire, mais puisque Le Dieunous les a transmis, nous ne pouvons plus les ignorer :
« Le samedi au soir (23 janvier 1700, Bossuet étant à Versailles), il fut fort parléde Télémaque. Dès qu’il parut et qu’il en eut vu le premier tome, il le jugea écrit d’unstyle efféminé et poétique, outré dans toutes ses peintures, la figure poussée au delàdes bornes de la prose et en termes tout poétiques. Tant de discours amoureux, tantde descriptions galantes, une femme qui ouvre la scène par une tendresse déclarée etqui soutient ce sentiment jusqu’au bout, et le reste du même genre, lui fit dire quecet ouvrage était indigne non-seulement d’un évêque, mais d’un prêtre et d’un chré-tien... Voilà ce que M. de Meaux pensa de ce roman dès le commencement; car cefut là d’abord le caractère de ce livre à Paris et à la cour, et on ne se le demandaitque sous ce nom : le roman de M. de Cambray. »
Et le dimanche 1 h mars de la même année :
« Il paraît une nouvelle Critique de Télémaque, meilleure que la précédente, oùle style, le dessein et la suite de l’ouvrage, tout enfin est assez bien repris, et donton ignore l’auteur. Comme j’en faisais la lecture, j’ai dit que j’avais Sophronyme (lesAventures d'Aristonoüs) et les Dialogues (des Morts), que je trouvais d’un style plus-supportable que Télémaque. « Il est vrai, dit M. de Meaux, mais aussi ce style est-il« bien plat; et pour les Dialogues, ce sont des injures que les interlocuteurs se disent« les uns aux autres. »
Ici c’est l’antipathie de nature et de talent qui se prononce par labouche de Bossuet, et qui s’aiguise, à son insu, d’humeur et des sou-venirs invétérés de la lutte. Bossuet avait en lui, dans sa mâle et fermeparole et jusque dans ses fortes tendresses, quelque chose qui devait luifaire goûter médiocrement, en effet, cette qualité traînante, agréableet un peu amollie qui plaît à tant d’autres chez Fénelon, chez Massillon,et qu’aura plus tard aussi Bernardin de Saint-Pierre. Bossuet était toutà fait exempt de ce léger paganisme littéraire auquel continuait desacrifier le talent de Fénelon dans sa grâce restée adolescente; il n’étaitpas homme, même au sortir d’une lecture de l'Odyssée , à s’asseoir ensouriant dans la grotte des Nymphes. Voilà le vrai de ces jugements,un vrai tout relatif; en s’exprimant d’une manière si crue, Bossuet cédait
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