REGNARD.
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Us Ménechmes (1705) et le Légataire (1708) : ces pièces, au point de /vue de l’action, sont mieux montées peut-être, plus intriguées et mieuxdénouées que celles de Molière. Dans d’autres légers croquis tels que leRetour imprévu, la liaison et l’activité des scènes ne laissent pas uninstant de trêve. Quant au style, il est égal à ce qu’il y a de mieux dansla comédie. Cette charmante pièce des Folies amoureuses, restée si jeuneau théâtre, est d'une verve continuelle et toujours recommençante. CetteLisette, ce Crispin, nous enlèvent par leur feu roulant d’esprit sans effort;ils ont coup sur coup des poussées de veine. Agathe, dans ses déguise-ments, est le plus ravissant lutin. Cette pièce des Folies est celle oùRegnard a le plus développé peut-être sa qualité dominante : l’imagi-nation dans la gaieté. La comédie de Regnard a beau prendre des années,elle est comme Agathe dans son rôle de vieille, et, en riant aux éclats,elle a droit de dire avec elle :
On peut voir dans ma bouche encor toutes mes dents.
Je n’ai pas à revenir ici sur des pièces qui sont dans toutes lesmémoires, et qui ont été cent fois analysées par les critiques nos con-frères. Heureux ces génies qui amusent tandis que nous raisonnons ! Onn’analyse pas les causes de rire, et il en est de lui comme de l’amour :le meilleur est encore celui dont on ne peut dire la cause. Regnard en asouvent de tel; ainsi, dans les Ménechmes, quand celui des deuxjumeaux, fraîchement débarqué de Picardie, a affaire à un marchandfripier, syndic et marguillier, de plus créancier de son frère, et qui luidéfile tous ses titres en le prenant pour son débiteur, le franc Picards’irrite, il s’emporte contre ce faux créancier qu’il ne connaît pas et qu’ilprend pour un imposteur : Laissez-moi lui couper le nez! s’écrie-t-il ; etValentin lui répond avec sang-froid :
Que feriez-vous, Monsieur, du nez d’un marguillier ?
Le trait est lâché, le rire est parti du même coup : pourquoi? Aristotene le sait pas mieux que nous.
On a cité dans les premiers ouvrages en vers de Regnard, dans sesSatires et Épîtres, de grandes négligences de rimes et de versification.