VOLTAIRE
I
La vérité sur les hommes comme sur les choses est difficile à trou-ver, et quand elle est trouvée une fois, elle n’est pas moins difficile àconserver. Où en est-on sur Voltaire ? à combattre encore, à se contredire,à se lancer ce nom à la tête comme une arme de guerre, à s’en faire unsignal de ralliement ou une pierre de scandale. Nous demandons la per-mission, ayant à parler de lui, d’en rester à nos propres impressions déjàanciennes, fort antérieures à des débats récents, et de redire, à proposdes volumes aujourd’hui publiés L et sauf les applications nouvelles, lejugement assez complexe que nous avons tâché, durant plus de vingtans, de nous former sur son compte, de mûrir en nous et de rectifiersans cesse, ne voulant rien ôter à un grand esprit si français par lesqualités et les défauts, et voulant encore moins faire, de celui qui n’arien ou presque rien respecté, un personnage d’autorité morale et philo-sophique, une religion à son tour ou une idole.
Il n’y aura d’ailleurs nulle singularité ni originalité en tout ceci.Voilà déjà trois générations, ce me semble, qui se succèdent et danslesquelles un nombre assez considérable d’esprits partis de points devue fort différents se sont fait de Voltaire une assez juste idée, maisune idée qui est restée dans la chambre entre quelques-uns et qui a
1. Lettres inédites de Voltaire, recueillies par M. de Cayrol, annotées par M. A. Fran-çois, avec une préface de M. Saint-Marc Girardin. 2 vol. in-8, chez Didier, libraire, quai desAugustins, 35.