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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE.

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toujours été remise en question par la jeunesse survenante; car les jeunesgens, à leur insu, au moment ils entrent activement dans la vie, cher-chent plutôt dans les hommes célèbres du passé et dans les noms envogue des prétextes à leurs propres passions ou à leurs systèmes, desvéhicules à leurs trains didées et à leurs ardeurs : soit quils les épou-sent et les exaltent, soit quils les prennent à partie et les insultent,cest eux-mêmes encore quils voient à travers; cest leur propre idéequils saluent et quils préconisent, cest lidée contraire quils rabaissentet quils rudoient. Voir les choses telles quelles sont et les hommes telsquils ont été est laffaire déjà dune intelligence qui se désintéresse, etun effet, je le crains, du refroidissement.

Je dis que pendant trois générations successives Voltaire a été sai-nement apprécié de quelques-uns, bien que ces jugements soient commeen pure perte et quils naient pu se consolider encore et sétablir parmitous. Comptons un peu. De son vivant, il a été parfaitement jugé etconnu, tant pour ses bonnes qualités que pour ses défauts, pour sesbelles et charmantes parties que pour ses folies et ses détestables tra-vers, par des personnes de sa société et. jusquà un certain point, deses amis. Qui voudrait recueillir dans les Correspondances du temps lesmots et les jugements de madame Du Deffand, du président Hénault etautres de ce monde- sur Voltaire, les jugements du président de Brosses,de Frédéric, de madame de Créqui (jen ai donné des échantillons),quiconque ferait cela aurait lidée dun Voltaire vrai, non convenu, nonidéalisé et ennobli par lesprit de parti, et auquel on laisserait toutefoisla gloire entière de ses talents. Mais cette opinion de quelques témoinsclairvoyants et bien informés se transmit peu. Léloignement Voltairese tint dans ses dernières années, la révérence quil inspirait de loin,dans son cadre de Ferney, aux générations nouvelles qui navaient rienvu de sa pétulante et longue jeunesse, le concert de louanges que savieillesse habile et infatigable avait fini par exciter en France et enEurope, tout prépara lapothéose dans laquelle il séteignit et contrelaquelle bien peu de protestations alors sélevèrent. Cependant il avaitcontre lui au fond, même dans le parti de la philosophie dès lors triom-phant, les disciples et les sectateurs de ce Rousseau quil avait méconnuet outragé. Après que la Révolution eut fait son œuvre de ruine, biendes anciens adorateurs de Voltaire se^détachèrent de son culte plus quà