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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE. Û39

« Que la guerre continue (celle de sept ans), que la paix se fasse, vivamus etbibamus! »

« Je me ruine (à bâtir), je le sais bien, mais je mamuse. Je joue avec la vie;voilà la seule chose à quoi elle soit bonne. »

« Jai essuyé de bien cruelles afflictions en ma vie; le baume de Fier-à-bras quejai appliqué sur mes blessures a toujours été de chercher à mégayer. Rien ne maparu si gai que mon Épître dédicatoire (celle de la tragédie des Scythes). Je ne saispas si elle aura plu, mais elle ma fait rire dans le temps que jétais au désespoir. »

« Réjouissez-vous bien, Monsieur (il parle au comte de La Touraille), il nv a quecela de bon, après tout. »

Jarrête ces citations quon pourrait multiplier à linfini. On senten plus dun endroit une sorte de parti pris de rire. Il ne rit pas seule-ment, il ricane; il y a un peu de tic, c'est le défaut. A la longue, onprend toujours la ride de son sourire.

Quoi quil en soit, Voltaire, même au début, avant le rire bouffonet le rire décharné, Voltaire dans sa fleur de gaieté et de malice étaitbien, par tempérament comme par principes, le poêle et lartiste duneépoque dont le but et linspiration avouée était le plaisir, avant toutle plaisir.

Mais les cercles les plus agréables, cependant, ne suffisaient pointà Voltaire et ne pouvaient lenfermer ; il en sortait, à tout moment, jelai dit, et par des défauts et par des parties plus sérieuses et louables.Il en sortait parce quil avait le diable au corps , et parce quil avait aussides étincelles du dieu. Se moquer est bien amusant; mais ce nest quunmince plaisir si Ton ne se moque des gens à leur nez et à leur barbe, siles sots ennemis quon drape nen sont pas informés et désolés ; demille saillies, mille escarmouches imprudentes qui devenaient entre euxet lui des guerres à mort. Le théâtre, la tragédie, quadorait Voltaire et il excellait selon le goût de son temps, le livrait au public par un plusnoble côté. Lhistoire, il excellait aussi, et il se montrait supérieurquand elle était contemporaine ou presque contemporaine, ne le con-viait pas moins à devenir un auteur dans le sens le plus respectable dumot, le peintre de son siècle et du siècle précédent. Voltaire sintéres-sait à tout ce qui se passait dans le monde auprès de lui ou loin de lui;il y prenait part, il y prenait feu; il soccupait des affaires des autres,et, pour peu que sa fibre en fût émue, il en faisait les siennes propres;il portait le mouvement et le remue-ménage partout il était, et