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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE.

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Rohan à une réparation personnelle par les armes étant dès longtempsabandonnée, Voltaire essaya de réaliser en partie la dernière moitié deson vœu, et, sinon densevelir sa vie dans la retraite, du moins de lyabriter et de ly embellir, en ne se livrant au monde que par le superflude son esprit et par les pages que le vent ferait toujours assez viteenvoler par la fenêtre : il noua sa liaison étroite avec la marquise duChâtelet et il eut sa période de Girey. Il vécut pour elle et selon elle.Si lon a égard à son humeur, à ses pétulances et au caractère aussi dela marquise, on trouvera quil ne tint pas trop mal sa gageure, puisquecette liaison dura plus de quinze ans et ne fut rompue que par la mort. IIy fut heureux malgré quelques courts orages, et sauf des querelles dinté-rieur qui ont transpiré et que la curiosité maligne a recueillies. Il étaitréellement sous le charme : il ladmirait, il la proclamait sublime, il la trou-vait belle; il se plaît, dans ses lettres à Falkener, à donner son adressechez elle, au château de Cirey : «, disait-il, vit une jeune dame, lamarquise du Châtelet, à qui jai appris langlais, etc. » Trois choses pour-tant me gâtent Cirey, a dit un fin observateur : dabord, cette maniede géométrie et de physique qui allait très-peu à Voltaire, qui nétaitchez lui quune imitation de la marquise, et par laquelle il se détournaitde sa vocation vraie et des heureux domaines il était maître ;en second lieu ces scènes orageuses, ces querelles de ménage soudaines,rapides mais burlesques, dont nous sommes, bon gré, mal gré, informés,et qui faisaient dire à un critique de nos jours quil naurait jamais cruque lexpression à couteaux tirés fût si près de nêtre pas une méta-phore; en troisième lieu, cette impossibilité pour Voltaire, mêmechâtelain, même amoureux, même physicien et géomètre de rencontre,de nêtre pas un homme de lettres depuis le bout des nerfs jusquà lamoelle des os ; et dès lors ses démêlés avec les libraires, ses insomniesextraordinaires et ses agitations au sujet des copies de la Pucelle (voir-dessus les lettres de madame de Graffigny), ses fureurs et ses cris depossédé contre Desfontaines et les pamphlets de Paris. Cen est assez,en effet, pour gâter un Éden.

Sur le chapitre des mathématiques, et sur cette géométrie de com-plaisance dont le goût prit subitement à Voltaire, le nouveau Recueilnous fournit quelques lettres qui sont de celles que le commun des lec-teurs se contente de parcourir et deffleurer du regard ; un habile homme