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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE.

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esprits fins et prompts qui devinent mieux quils ne connaissent, et quinont pas la patience de porter une démonstration un peu longue, maisqui enlèvent parfois tout dune vue une haute vérité, et qui réussissentalors à lexprimer de manière à ravir les savants eux-mêmes. Dans letemps il faisait ses cours de physique si intéressants et si suivis,M. Biot se plaisait à citer, comme le plus fidèle et le plus vivant résuméfie la théorie de la lumière, ces beaux vers de lÉpître à madame duChâtelet sur la philosophie de Newton :

Il déploie à mes yeux par une main savanteDe lastre des saisons la robe étincelante;

Lémeraude, lazur, le pourpre, le rubis,

Sont limmortel tissu dont brillent ses habits.

Chacun de ses rayons dans sa substance purePorte en soi les couleurs dont se peint la nature ;

Et, confondus ensemble, ils éclairent nos yeux,

Ils animent le monde, ils emplissent les cieux...

Ainsi cette excursion fort inutile de Voltaire dans les mathémati-ques, et qui allait devenir une fausse route, ne fut pas tout à fait perdue :elle lui servit du moins à composer cette belle Épître 1 . « Je suis bienmalade, écrivait-il à Thieriot en août 1738, Newton et Mérope monttué. » Ni lun ni lautre ne le tuèrent. Cette Mérope, qui parut lun deses chefs-dœuvre, lui valut de vives jouissances. 11 avait fait semblantde résister aux avances de ceux qui voulaient quil la donnât au public.

1. M. Émile Di Bois Reymond, lun des secrétaires perpétuels de lAcadémie de Berlin,dans un discours prononcé en séance publique (1868), a traité de Voltaire dans ses rapportsavec les sciences naturelles. M. Du Bois Reymond me fait lhonneur de mécrire à ce sujet,dans une lettre du 11 avril 1868 : « Je crois que les travaux scientifiques auxquels Voltairesest livré avec tant dardeur pendant son séjour à Cirey, ont fait plus que lui fournir seule-ment le sujet de quelques beaux vers, quils ont eu sur son esprit une influence marquée etque cest à eux, ou, si lon aime mieux, à la tournure desprit qui seule len rendait capable,mais que par contre-coup ils tendaient à développer, quon doit rapporter ce positivisme quiforme le trait caractéristique de Voltaire. Je crois voir, en un mot, dans ces travaux de Vol-taire, sinon le germe, tout au moins un élément très-essentiel de laction quil a exercée surson siècle... » Nous autres Français, nous sommes un peu lestes dans nos conclusions, etnous avons beau faire, nous ressemblons plus ou moins à ce seigneur Pococurante que Vol-taire lui-même a introduit dans Candide. Les critiques allemands, au contraire, sont grandsraisonneurs et se piquent de rattacher rigoureusement les effets aux causes. Que celui qui adu loisir examine, sil est curieux, le point en question !