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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE. bb5

Mademoiselle Quinault lui avait écrit à ce sujet; il lui répondait par unedes plus jolies lettres du nouveau Recueil ; il lui disait :

« Vous ôtes toute propre à faire des miracles; jen ai grand besoin. Je ne sais sije nai pas renoncé entièrement à lenvie dangereuse de me faire juger par le public.Il vient un temps, aimable Thalie, le goût du repos et les charmes dune vie retiréelemportent sur tout le reste. Heureux qui sait se dérober de bonne heure aux séduc-tions de la renommée, aux fureurs de lenvie, aux jugements inconsidérés des hom-mes! Je nai que trop à me repentir davoir travaillé à autre chose quà mon repos.Quai-je gagné par vingt ans de travail? Rien que des ennemis. Cest presque toutle prix quil faut attendre de la culture des belles-lettres; beaucoup de mépris quandon ne réussit pas, et beaucoup de haine quand on réussit. Le succès môme a toujoursquelque chose davilissant par le soin quon a dencourager je ne sais quels bateleursdItalie à tourner le sérieux en ridicule et à gâter le goût dans le comique (allusionaux parodies quon faisait de ses pièces)...

« Jai toujours été indigné pour vous et pour moi, que des travaux si difficiles etsi utiles fussent payés de tant dingratitude; mais à présent mon indignation estchangée en découragement. Je ne réformerai point les abus du monde; il vaut mieuxy renoncer. Le public est une bêle féroce : il faut lenchaîner ou la fuir. Je nai pointde chaînes pour elle, mais jai le secret de la retraite. Jai trouvé la douceur du repos,le vrai bonheur. Irai-je quitter tout cela pour être déchiré par labbé Desfontaines, etpour être immolé sur le théâtre des farceurs italiens à la malignité du public et auxrires de la canaille?...

« Jajouterai à tout ce que je viens de vous dire quil est impossible de bien tra-vailler dans le découragement je suis. Il faut une ivresse damour-propre etdenthousia:me : cest un vin que jai cuvé, et je nai plus envie de boire. Vous seuleseriez capable de menivrer encore; mais si vous avez toujours le saint zèle de fairedes prosélytes, vous trouverez dans Paris des esprits plus propres que moi à cettevocation, plus jeunes, plus hardis, et qui auront plus de talent. Séduisante Thalie,laissez-moi ma tranquillité; je vous serai toujours aussi attaché que si je devais à vossoins le succès de deux pièces par an. Ne me tentez point, ne rallumez point un feu queje veux éteindre, nabusez point de votre pouvoir. Votre lettre ma presque fait imaginerun plan de tragédie; une seconde lettre men ferait faire les vers. Laissez-moi maraison, je vous en prie. Hélas! jen ai si peu!... »

11 céda, il fit encore une et deux tragédies, et bien dautres. Il laissadonner sa Mérope, et il lui dut à Paris un triomphe des plus flatteurs,et qui présageait ceui qui lattendait aux mêmes lieux trente-cinq ansplus tard : « Mercredi 20 (mars 17A3), lit-on dans le Journal de lavocatBarbier, on représenta à la Comédie-Française la tragédie de Mérope,veuve du fils du grand Alcide et mère dEgisthe. Cette pièce a été coin-