VOLTAIRE.
M6
posée par M. cle Voltaire, qui est le roi de nos poètes. Cette tragédie,dans laquelle il n’y a pas un seul mot d’amour ni d’intrigue, a été trouvéesi belle, que M. de Voltaire, qui parut après la pièce dans une premièreloge, fut claqué personnellement pendant un quart d’heure, tant par lethéâtre que par le parterre; on na jamais vu rendre à aucun auteur deshonneurs aussi marqués. » — Nous continuerons de parcourir librementla vie de Voltaire, en prenant autant que possible nos preuves et témoi-gnages dans le Recueil nouveau.
Lundi 20 octobre t856.
Il
Le voyage de Prusse et son essai d’établissement à Berlin furentpour Voltaire une triste campagne, dont il a été assez parlé, et dont onaime à sortir comme lui le plus tôt possible. A sa rentrée en France, ilressemble à un homme qui se tâte, qui s’assure qu’il est dans son entieret qui sent des contusions dans tous ses membres. Cette dernière expé-rience paraît avoir . été pour lui décisive, et après quelques saisons deconvalescence morale en Alsace, dans les Vosges, entre deux monta-gnes, il comprit qu’il était temps de prendre ses quartiers de vieillesseet d’indépendance. Il passa en Suisse, et s’établit dans le pays de Vaudd’abord, puis près de Genève. Sa grande seconde renaissance date delà. Il avait soixante et un ans, et bien de l’avenir encore... dum primaet recta senectus.
Sa vie à Monrion, à Lausanne, et ensuite aux Délices à la porte deGenève, offre une agréable nuance de transition. Il est comme un hommedélivré et qui respire librement ; il se remet à rire, à jouer la comédieet la tragédie en société; il est heureux de cette bienveillance intelli-gente qu’il inspire, et de cette culture mêlée de simplicité qu’il ren-contre au pied des Alpes. Quand il eut acquis Ferney, il fut au complet