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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE.

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En s’installant à Ferney, Voltaire s’était donc emporté tout entierlui-même, avec son imagination et ses caprices, avec tous ses principesd’agitation et d’inquiétude. On l’y retrouve surtout dans les premièresannées, engendrant encore les tracasseries jusque dans son bonheur, semontant la tête pour son éternelle Pucellej car s’il avait eu tort de lafaire, elle l’en a bien puni ; il se créait des dangers en idée, se voyaitdéjà décrété par un Parlement et tenait parfois ses paquets tout prêts,même en plein hiver et pendant les mois de neige, pour pouvoir d’unsaut, s’il le fallait, franchir la frontière. Mais il dut bientôt à la protec-tion du duc de Choiseul de vivre plus rassuré, et alors il se livra avecune incroyable ardeur au plaisir de bâtir, de planter, de peupler sesenvirons, d’y établir des industries et des fabriques de montres, d’y intro-duire la joie, la santé et l’aisance. Il obtint notamment pour ses fabri-ques de Ferney etdeVersoix des exemptions qui favorisèrent la naissancede ces petites colonies. Quand M. de Choiseul tomba, il sut, tout en res-tant honnêtement fidèle au ministre disgracié, à l’illustre Barmècicle ,comme il l’appelait, se ménager la protection du chancelier Maupeou.Voltaire n’avait point d’aversion pour ce ministère Maupeon, de près siimpopulaire; l’éloignement l’avait bien servi et lui avait fait voir justesur un point. Il avait les Parlements en haine, et il estimait que c’étaitbeaucoup de s’être débarrassé de ces corps arriérés et désormaisgênants, qui feraient un perpétuel obstacle à toute amélioration etréforme émanant du pouvoir royal. Il n’eût jamais été d’avis qu’on les res-suscitât. Cependant ce ne fut qu’avec le ministère de M. Turgot et lesespérances auxquelles l’avénement de Louis XVI ouvrit carrière que Vol-taire, philosophe et berger, manufacturier et laboureur, parut repren-dre une vie toute nouvelle. Le nouveau recueil de lettres dessine très-bien ce vieillard de quatre-vingts ans qui tout d’un coup rajeunit, quise multiplie pour écrire au ministre réformateur et à ceux qui le ser-vent, aux Trudaine, aux de Vaisnes, aux Dupont de Nemours, et s’écriegaiement : « Nous sommes dans l’âge d’or jusqu’au cou. »

11 était arrivé à Voltaire ce qui arrive naturellement à toute granderenommée littéraire qui est jointe à une existence sociale considérable,mais ce qui devait lui arriver à lui plus qu’à un autre, à cause de sonactivité prodigieuse et des preuves éclatantes qu’il en avait données.Chacun, de près ou de loin, réclamait ses bons offices; on le consultait,