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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

Z|62

maîtriser, il la força un peu, il la marqua dun pli quelle devait gar-der désormais; mais il lui rendit plus quil ne lui faisait perdre, et, àbien des égards, il la retrempa et la régénéra. Depuis Jean-Jacques, cestdans la forme de langage établie et créée par lui que nos plus grandsécrivains ont jeté leurs propres innovations et quils ont tenté de ren-chérir. La pure forme du xvn e siècle, telle que nous aimons à la rappe-ler, na plus guère été quune antiquité gracieuse et quun regret pourles gens de goût.

Quoique les Confessions naient paru quaprès la mort de Rousseauet quand déjà son influence était pleinement régnante, cest quilnous est plus commode aujourdhui de létudier avec tous les mérites,les prestiges et les défauts de son talent. Nous essayerons de le faire, ennous bornant le plus que nous pourrons à la considération de lécri-vain, mais sans nous interdire les remarques sur les idées et le caractèrede lhomme. Le moment présent nest pas très-favorable à Rousseau, àqui lon impute davoir été lauteur, le promoteur de bien des mauxdont nous souffrons. « 11 ny a point décrivain, a-t-on dit judicieuse-ment, plus propre à rendre le pauvre superbe. » Malgré tout, en leconsidérant ici, nous tâcherons de ne pas trop nous ressentir nous-même de cette disposition comme personnelle qui porte de bons espritsà lui en vouloir dans les circonstances pénibles que nous traversons. Deshommes qui ont une telle portée et un tel lendemain ne doivent pasêtre jugés selon les émotions et les réactions dun jour.

Lidée décrire des Confessions semble si naturelle à Rousseau et siconforme à son humeur comme à son talent, quon ne croirait pas quil yait eu besoin de la lui suggérer. Elle lui vint pourtant en premier lieude son libraire Rey dAmsterdam, et aussi de Duclos. Après la NouvelleHéloïse, après Y Émile, Rousseau, âgé de cinquante-deux ans, commençaà rédiger ses Confessions en 176â, après son départ de Montmorency, pen-dant son séjour de Motiers en Suisse. On vient de publier, dans le der-nier numéro de la Revue suisse (octobre 1850), un début des Confes-sions, tiré dun manuscrit déposé à la Ribliothèque de Neuchâtel, débutqui est le premier brouillon de Rousseau, et quil a supprimé depuis. Cedébut primitif, beaucoup moins emphatique et moins fastueux que celuiquon lit en tête des Confessions, ne nous fait point entendre le coup detrompette du Jugement dernier, et ne finit point par la fameuse apostrophe