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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

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à Y Etre éternel. Rousseau y expose beaucoup plus longuement, mais phi-losophiquement, son projet de se décrire soi-même et de faire sesconfessions à toute rigueur il fait bien sentir en quoi consiste lori-ginalité et la singularité de son dessein :

« Nul ne peut écrire la vie dun homme que lui-même. Sa manière dêtre inté-rieure, sa véritable vie nest connue que de lui; mais, en lécrivant, il la déguise;sous le nom de sa vie il fait son apologie : il se montre comme il veut être vu, maispoint du tout comme il est. Les plus sincères sont vrais tout au plus dans ce quilsdisent, mais ils mentent par leurs réticences, et ce quils taisent change tellement cequils feignent davouer, quen ne disant quune partie de la vérité ils ne disent rien.Je mets Montaigne à la tête de ces faux sincères qui veulent trompsr en disant vrai.Il se montre avec des défauts, mais il ne sen donne que daimables : il ny a pointdhomme qui n'en ait dodieux. Montaigne se peint ressemblant, mais de profd. Quisait si quelque balafre à la joue, ou un œil crevé du côté quil nous a cache, neùtpas totalement changé la physionomie?... »

Il veut donc faire ce que nul na projeté ni osé avant lui. Quant austyle, il lui semble quil lui en faudrait inventer un aussi nouveau queson projet, et proportionné à la diversité et à la disparité des chosesquil se propose de décrire :

« Si je veux faire un ouvrage écrit avec soin comme les autres, je ne me pein-drai pas, je me farderai. Cest ici de mon portrait quil sagit et non pas dun livre.Je vais travailler pour ainsi dire dans la Chambre obscure; il ny faut point d'autreart que de suivre exactement les traits que je vois marqués. Je prends donc mon partisur le style comme sur les choses. Je ne mattacherai point à le rendre uniforme;jaurai toujours celui qui me viendra, jen changerai selon mon humeur, sans scrupule;je dirai chaque chose comme je la sens, comme je la vois, sans recherche, sans gêne,sans membarrasser de la bigarrure. En me livrant à la fois au souvenir de limpres-sion reçue et au sentiment présent, je peindrai doublement létat de mon âme, savoirau moment lévénement mest arrivé et au moment je lai décrit; mon styleinégal et naturel, tantôt rapide et tantôt diffus, tantôt sage et tantôt fou, tantôt graveet tantôt gai, fera lui-même partie de mon histoire. Enfin, quoi quil en soit de lamanière dont cet ouvrage peut être écrit, ce sera toujours par son objet un livreprécieux pour les philosophes : cest, je le répète, une pièce de comparaison pourlétude du cœur humain, et cest la seule qui existe. »

Lerreur de Rousseau na pas été cle croire quen se confessant ainsitout haut devant tous, et dans un sentiment si différent de lhumilitéchrétienne, il faisait une chose unique ou même une chose des pluscurieuses pour létude du cœur humain; son erreur a été de croire quil