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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

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« Cest un caprice auquel je ne comprends rien, dit-il, mais il mest de touteimpossibilité de la chanter jusquà la fin sans être arrêté par mes larmes. Jai centfois projeté décrire à Paris pour faire chercher le reste des paroles, si tant est quequelquun les connaisse encore : mais je suis presque sûr que le plaisir que je prendsà me rappeler cet air sévanouirait en partie, si javais la preuve que dautres que mapauvre tante Suzon lont chanté. »

Voilà le nouveau dans lauteur des Confessions, voilà ce qui nousravit, en nous ouvrant une source imprévue de sensibilité intime etdomestique. Si nous lisons M me de Caylus et ses Souvenirs , de quelssouvenirs denfance nous parle-t-elle? qua-t-elle aimé? qua-t-ellepleuré en quittant le foyer elle est née, elle a été nourrie?Songe-t-elle le moins du monde à nous le dire? Ces races aristocratiqueset fines, douées dun tel tact si exquis et dun sentiment de raillerie sivif, ou naimaient pas ces choses simples, ou nosaient pas le laisservoir. Leur esprit, nous le connaissons de reste et nous en jouissons;mais est leur cœur? Il faut être bourgeois et de province, et hommenouveau comme Rousseau, pour se montrer ainsi sujet aux affectionsdu dedans et à la nature.

Aussi, quand nous remarquons avec quelque regret que Rousseau aforcé, creusé et comme labouré la langue, nous ajoutons aussitôt quilla ensemencée en même temps et fertilisée.

Un homme de la fière race aristocratique, mais élève de Rousseau,et qui navait pas beaucoup plus que lui le sentiment et la crainte duridicule, M. de Chateaubriand, a repris dans René et dans ses Mémoirescette manière plus ou moins directe daveux et de confessions, et il ena tiré des effets magiques et surprenants. Notons pourtant les diffé-rences. Rousseau na pas l'élévation première; il nest pas tout à fait,et tant sen faut ! ce quon appelle un enfant bien ; il a un penchantau vice et à des vices bas; il a des convoitises honteuses et cachéesqui ne sentent pas le gentilhomme ; il a de ces longues timidités qui seretournent tout dun coup en effronteries de polisson et de vauriencomme il sappelle ; en un mot, il na pas cette sauvegarde de lhon-neur, que M. de Chateaubriand eut, dès lenfance, comme une sentinellevigilante à côté de ses défauts. Mais Rousseau, avec tous ces désavan-tages que nous ne craignons pas daprès lui dindiquer par leur nom,vaut mieux que Chateaubriand en ce sens quil est plus humain, plus

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