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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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JEAN-JACQUES ROUSSEAU.

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Avant lui, le seul La Fontaine, chez nous, avait connu et senti àce degré la nature et ce charme de la rêverie à travers champs ; maislexemple tirait peu à conséquence ; on laissait aller et venir le bon-homme avec sa fable, et lon restait dans les salons. Rousseau est lepremier qui ait forcé tout ce beau monde den sortir, et de quitter lagrande allée du parc pour la vraie promenade aux champs.

Le commencement du second livre des Confessions est délicieux etplein de fraîcheur : M me de Warens pour la première fois nous appa-raît. En la peignant, le style de Rousseau sadoucit et samollit avecgrâce, et en même temps on découvre aussitôt un trait, une veineessentielle qui est en lui et dans toute sa manière, je veux dire la sen-sualité. « Rousseau avait lesprit voluptueux», a dit un bon critique;les femmes jouent chez lui un grand rôle; absentes ou présentes, elleset leurs charmes loccupent, linspirent et lattendrissent, et il se mêlequelque chose delles à tout ce quil écrit. « Gomment, dit-il deM me de Warens, en approchant pour la première fois dune femmeaimable, polie, éblouissante , dune dame dun état supérieur au mien,dont je navais jamais abordé la pareille..., comment me trouvais-je àlinstant aussi libre, aussi à mon aise que si jeusse été parfaitement sûrde lui plaire? » Cette facilité, cette aisance, qui dordinaire sera si peuvraie de lui lorsquil se trouvera de sa personne auprès des femmes,sera toujours vraie de son style en les peignant. Les plus adorablespages des Confessions sont celles de cette première rencontre deM me de Warens, celles encore il nous peint laccueil de M me RasiIe, lajolie marchande de Turin : « Elle était brillante et parée, et, malgré

son air gracieux, cet éclat men avait imposé. Mais son accueil plein debonté, son ton compatissant, ses manières douces et caressantes memirent bientôt à mon aise ; je vis que je réussissais, et cela me fitréussir davantage. » Navez-vous pas senti à ce brillant et à cet éclatdu teint comme un rayon du soleil dItalie? Et il raconte cette scènevive et muette que personne na oubliée, cette scène par gestes, arrêtéeà temps, toute pleine de rougeur et de jeunes désirs. Joignez-y lapromenade aux environs dAnnecy avec M lles Galley et de Graffenried, etdont chaque détail est ravissant. De telles pages étaient en littératurefrançaise la découverte dun monde nouveau , dun monde de soleil etde fraîcheur quon avait près de soi sans lavoir aperçu encore ; elles