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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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JEA^-JACQUES ROUSSEAU.

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offraient un mélange de sensibilité et de naturel, et la pointede sensualité ne paraissait quautant quil était permis et nécessairepour nous affranchir enfin de la fausse métaphysique du cœur et duspiritualisme convenu. La sensualité de pinceau, à ce degré, nesaurait déplaire; elle est sobre encore et nest pas masquée, cequi la rend plus innocente que celle dont bien des peintres ont usédepuis.

En tout, comme peintre, Rousseau a le sentiment de la réalité. Illa toutes les fois quil nous parle de la beauté, laquelle, même lors-quelle est imaginaire comme sa Julie, prend avec lui un corps et desformes bien visibles, et nest pas du tout une Iris en lair et insaisissable.11 a le sentiment de cette réalité en ce quil veut que chaque scène dontil se souvient ou quil invente, que chaque personnage quil introduit,sencadre et se meuve dans un lieu bien déterminé, dont les moindresdétails se puissent graver et retenir. Un des reproches quil faisaitau grand romancier Richardson, cétait de navoir pas rattaché le sou-venir de ses personnages à une localité dont on aurait aimé à recon-naître les tableaux. Aussi voyez comme, par sa Julie et son Saint-Preux,il a su les naturaliser dans le Pays-de-Vaud, au bord de ce lac autourduquel navait jamais cessé derrer son cœur. Son esprit droit etferme prête partout à limagination son burin, pour que rien dessen-tiel dans le dessin ne soit omis. Enfin, ce sentiment de la réalité seretrouve chez lui jusque dans ce soin avec lequel, au milieu de toutesces circonstances et ses aventures heureuses ou malheureuses, et mêmeles plus romanesques, il noublie jamais la mention du repas et lesdétails dune chère saine, frugale, et faite pour donner de la joie aucœur comme à lesprit.

Ce trait est encore essentiel ; il tient à cette nature de bourgeois etdhomme du peuple que jai notée dans Rousseau. Il a eu faim dans savie; il note dans ses Confessions, avec un sentiment de bénédictionpour la Providence, la dernière fois il lui est arrivé de sentir à lalettre la misère et la faim. Aussi noubliera-t-il jamais, même dans letableau idéal quil donnera plus tard de son bonheur, de faire entrerces choses de la vie réelle et de la commune humanité, ces choses desentrailles. Cest par tous ces côtés vrais, combinés dans son éloquence,quil nous prend et nous saisit.