VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU.
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paraissait évidemment prouvé, aimait à disputer, parce quelle avaitpresque toujours une opinion à elle, et ne cédait qu’à la conviction ouenfin à la convenance. » Et lorsqu’il en vient à raconter la dernière ma-ladie de cette jeune femme : « Elle craignait la mort parce qu’elle de-vait la séparer de tout ce qui lui était cher. Ma vie peut être remplie depeines, disait-elle, mais il est affreux de n’êlre rien-, je crois la souf-france préférable au néant... » Le cardinal n’ajoute rien qui corrigecette opinion du néant après la mort, ni qui avertisse qu’il ne la parta-geait pas ; c’est qu’il la partageait en effet. Et cela ressemblerait à unemauvaise plaisanterie que de poser seulement la question : Lequel étaitle plus religieux de Rousseau ou de lui ?
Pauvre Rousseau ! de tous les points de vue auxquels on peut seplacer pour le regarder, il en est un qui me paraît le plus juste et quiest aussi le plus simple : voyons-le à son moment dans le siècle; voyons-le en lui-même et dans ses écrits, dans ses pensées confidentielles, danstout ce qui lui échappe de contradictoire et de sincère. Si nous nousmettons, pour le juger, à vouloir absolument le considérera travers lesconséquences plus ou moins accumulées de ses doctrines et les innom-brables disputes qu’elles ont engendrées, nous ne le retrouverons jamaistel qu’il fut. Sa figure, comme celle de tous les puissants mortels qui ontexcité enthousiasme et colère, ainsi aperçue de loin à travers un nuagede lumière et de poussière, se transformerait à nos yeux : nous le ferionstrop grand, trop beau ou trop laid, trop génie ou trop monstre. Perçonsla légende dont l’histoire elle-même n’est pas exempte ; replaçons-nousde l’autre côté du nuage ; voyons-le de près, comme quelqu’un qui l’au-rait rencontré à Motiers ou qui l’aurait visité rue Plâtrière ; c’est encorele moyen de nous faire de lui la plus juste idée.
Lundi 15 juillet 1861.