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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU.

qui linonde, il veut la communiquer à ses semblables ; il a soif de les yfaire participer et de leur porter, avec lexplication du mystère de lanature, la loi du maître qui la gouverne, loi de justice, de solidarité, defraternité, soumission dans les traverses de cette courte vie, espoir etfoi dans une vie meilleure. La nuit paraît bien longue à son impatience ;il nattend que le retour du soleil. Cependant, fatigué à la fin de tantdémotions et de pensées, il sest endormi, et durant son sommeil il aun songe. Cest dans ce songe quil va voir figurer les religions diverses,depuis les plus grossières jusquà la plus pure, depuis les formes lesplus brutales du naturalisme et de la sensualité iusquà la révélationde la parole la plus simple, la plus divine, la plus humaine, celle duSermon sur la montagne. Qua prétendu signifier Rousseau par cettedistinction de ce que son philosophe voit en songe et de ce quil avaitconçu durant sa veille? A-t-il voulu faire entendre quentre la premièremanière de comprendre lÊtre divin et toutes les autres il y a précisé-ment toute la distance de la vérité à la fiction, et quun seul et mêmevoile dillusion, sauf la juste différence du plus au moins, sétendraindistinctement sur tout ce qui sera vu dans le songe? A-t-il voulusimplement marquer que la nature humaine et lesprit humain ne com-portent la première manière de voir que chez un petit nombre dindi-vidus, et que lhistoire nadmet point le triomphe de la philosophiepure? Ce quon a droit de faire observer, cest quen supposant que lemorceau soit terminé (et jaime à croire quil lest), rien ne vient àlappui dune interprétation défavorable le moins du monde à la ré-vélation dernière, et que la fin du songe, au contraire, sélève et atteintun tel degré de sérénité morale et de beauté, quil ne tient quà nousdv voir le couronnement et le perfectionnement sublime, la divinetransfiguration de la philosophie simple et nue. En un mot, Rousseaune fait dans ce morceau que mettre en action et commenter sous formedramatique cette parole de la Profession de foi du Vicaire : « Oui, si lavie et la mort de Socrate sont dun sage, la vie et la mort de Jésussont dun Dieu. » Et sil conclut encore moins dans le songe que dans lespages de XEmïle, sil néveille pas son philosophe pour tirer de lui undernier mot, cest quil na pas voulu le lui faire dire, cest quil na pasosé conclure, et quil a reculé devant toute parole qui ne serait pasun hommage au Christ. Il a cru ce jour- par le cœur, et il na rien