496 VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU.
par lesquels il les rachète; vous l’aimerez pour ces accents de cordialitésincère que toute son humeur ne parvient pas à étouffer. Voltaire aimel’humanité, et il affecte en toute occasion de mépriser le pauvre : Rous-seau s’étonne de cette inconséquence, et la lui reproche doucement. Onn’a jamais à craindre avec lui, même dans ses écarts, de ces contra-dictions qui tiennent aux sources de l’âme ' et qui choquent dans lelecteur ami des hommes quelque chose de plus sensible encore que legoût h
Lundi 22 juillet 4 861.
1. M. Streckeisen-Moultou, qui nous promet de tirer de ses papiers de famille d’autrespièces intéressantes encore concernant Rousseau, a droit à nos remercîments ; qu’il me per-mette cependant une critique que je ne puis passer sous silence, et qui peut être utile pourl’avenir. Quand on se fait l’éditeur d’un grand écrivain dont chaque mot compte, on est tenudeux fois d'être exact. Je regrette de trouver dans ce volume, notamment dans Mon Portrait(page 285), des fautes de transcription et, par suite, d’impression, qui m’en font craindred’autres moins faciles à apercevoir en d’autres endroits. Rousseau n’a jamais écrit, en par-lant des amours-propres empressés à se mettre en avant : « 11 est vrai qu’on a grand soin decouvrir le motif de cet empressement du fond des belles paroles » (page 287) ; mais il a sansdoute écrit : du fard des belles paroles. — Il n’a pas écrit (même page) « Mes travauxpassés me semblent tellement étrangers à moi que, quand j’en retire la prise , il me sembleque je jouis du travail d’un autre. » C’est le prix qu’il faut lire. Cela saute.aux yeux;mais de telles fautes ne sont pas faites pour rassurer sur l’ensemble d’un texte. Rousseau,si sensible aux fautes d’impression, avertissait pourtant qu’on y prît garde, quand il ditquelque part dans ce volume : « Depuis que j’ai eu le malheur de me faire imprimer, jeme suis toujours vu sortir de la presse beaucoup plus sot que je ne m’y étais mis; sottise sursottise, et les commentaires des sots lecteurs brochant sur le tout, me voilà joli garçon. «