ANDRE CHENIER
I
Voilà tout à l’heure vingt ans que la première édition d’AndréChénier a paru ; depuis ce temps, il semble que tout a été dit sur lui ;sa réputation est faite ; ses œuvres, lues et relues, n’ont pas seulementcharmé, elles ont servi de base à des théories plus ou moins ingénieusesou subtiles, qui elles-mêmes ont déjà subi leur épreuve, qui ont triomphépar un côté vrai et ont été rabattues aux endroits contestables. En fait deraisonnement et d 'esthétique, nous ne recommencerions donc pas àparler de lui, à ajouter à ce que nous avons dit ailleurs, à ce que d’au-tres ont dit mieux que nous. Mais il se trouve qu’une circonstance favo-rable nous met à même d’introduire sur son compte la seule nouveautépossible, c’est-à-dire quelque chose de positif.
L’obligeante complaisance et la confiance de son neveu, M. Gabrielde Chénier, nous ont permis de rechercher et de transcrire ce qui nousa paru convenable dans le précieux résidu de manuscrits qu’il possède ;c’est à lui donc que nous devons d’avoir pénétré à fond dans le cabinetde travail d’André, d’être entré dans cet atelier du fondeur dont il nousparle, d’avoir exploré les ébauches du peintre, et d’en pouvoir sauverquelques pages de plus, moins inachevées qu’il n’avait semblé jusqu’ici ;heureux d’apporter à notre tour aujourd’hui un nouveau petit affluentà cette pure gloire!
Et d’abord rendons, réservons au premier éditeur l’honneur et lareconnaissance qui lui sont dus. M. de Latouche, dans son édition de1819, a fait des manuscrits tout l’usage qui était possible et désirable
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