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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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ANDRÉ CHÉNIER.

alors ; en choisissant, en élaguant avec goût, en étant sobre surtout defragments et débauches, il a agi dans lintérêt du poète et comme dansson intention, il a servi sa gloire. Depuis lors, dans lédition de 1833,il a été jugé possible dintroduire de nouvelles petites pièces, de simplesrestes qui avaient été négligés dabord : cest ce genre de travailque nous venons poursuivre, sans croire encore lépuiser. Il en est unpeu avec les manuscrits dAndré Chénier comme avec le panier decerises de M n,c de Sévigné : on prend dabord les plus belles, puis lesmeilleures restantes, puis les meilleures encore, puis toutes.

La partie la plus riche et la plus originale des manuscrits portesur les poèmes inachevés : Suzanne, Hermès, lAmérique. On a publiédans lédition de 1833 les morceaux en vers et les canevas en prose dupoème de Suzanne. Je mattacherai ici particulièrement au poèmedHermès, le plus philosophique de ceux que méditait André, et celuipar lequel il se rattache le plus directement à lidée de son siècle.

André, par lensemble de ses poésies connues, nous apparaît, avant89, comme le poète surtout de lart pur et des plaisirs, comme lhommede la Grèce antique et de lélégie. 11 semblerait quavant ce momentdexplosion publique et de danger il se jeta si généreusement à lalutte, il vécût un peu en dehors des idées, des prédications favorites deson temps, et que, tout en les partageant peut-être pour les résultatset les habitudes, il ne sen occupât point avec ardeur et préméditation.Ce serait pourtant se tromper beaucoup que de le juger un artiste sidésintéressé ; et Y Hermès nous le montre aussi pleinement et aussichaudement de son siècle, à sa manière, que pourraient l'être Baynalou Diderot.

La doctrine du xvm e siècle était, au fond, le matérialisme, ou lepanthéisme, ou encore le naturalisme, comme on voudra lappeler; ellea eu ses philosophes, et même ses poètes en prose, Boulanger, Buffon ;elle devait provoquer son Lucrèce. Gela est si vrai, et cétait tellementle mouvement et la pente dalors de solliciter un tel poète, que, vers 1780et dans les années qui suivent, nous trouvons trois talents occupés dumême sujet et visant chacun à la gloire difficile dun poème sur la naturedes choses. Le Brun tentait lœuvre daprès Buffon; Fontanes, dans sapremière jeunesse, sy essayait sérieusement, comme lattestent deuxfragments, dont lun surtout (tome I de ses OEuvres, p. 381) est dune