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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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ANDRÉ CHÉNIER.

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réelle beauté. André Chénier sy poussa plus avant quaucun, et, par lavigueur des idées comme par celle du pinceau, il était bien digne deproduire un vrai poëme didactique dans le grand sens.

Mais la Révolution vint ; dix années, fin de lépoque, sécoulèrentbrusquement avec ce quelles promettaient, et abîmèrent les projets ouies hommes; les trois Hermès manquèrent : la poésie du xvm e siècleneut pas son BulTon. Delille ne fit que rimer gentiment les trois Règnes.

Toutes les notes et tous les papiers dAndré Chénier, relatifs à sonHermès } sont marqués en marge dun delta; un chiffre, ou lune destrois premières lettres de lalphabet grec, indique celui des trois chantsauquel se rapporte la note ou le fragment. Le poëme devait avoir troischants, à ce quil semble : le premier sur lorigine de la terre, la for-mation des animaux, de lhomme ; le second sur lhomme en particulier,le mécanisme de ses sens et de son intelligence, ses erreurs depuis létatsauvage jusquà la naissance des sociétés, lorigine des religions; letroisième sur la société politique, la constitution de la morale et lin-vention des sciences. Le tout devait se clore par un exposé du systèmedu monde selon la science la plus avancée.

Voici quelques notes qui se rapportent au projet du premier chantet le caractérisent :

« Il faut magnifiquement représenter la terre sous lemblème mé-taphorique dun grand animal qui vit, se meut et est sujet à des chan-gements, des révolutions, des fièvres, des dérangements dans la circu-lation de son sang. »

« Il faut finir le chant I er par une magnifique description de toutesles espèces animales et végétales naissant; et, au printemps, la terreprœgnans- et, dans les chaleurs de lété, toutes les espèces animales etvégétales se livrant aux feux de lamour et transmettant à leur postéritéles semences de vie confiées à leurs entrailles. »

Ce magnifique et fécond printemps, alors, dit-il,

Que la terre est nubile et brûle dètre mère,

devait être imité de celui de Virgile au livre II des Géorgiques : TumPater omnipotens, etc., quand Jupiter,

De sa paissante épouse emplit les vastes flancs.