ANDRÉ CHÉNIER.
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Il établit volontiers ses comparaisons d’un ordre à l’autre : « Onpeut comparer, se dit-il, les âges instruits et savants, qui éclairent ceuxqui viennent après, à la queue étincelante des comètes. »
11 se promettait encore de « comparer les premiers hommes civilisés,qui vont civiliser leurs frères sauvages, aux éléphants privés qu’onenvoie apprivoiser les farouches ; et par quels moyens ces derniers. » —Hasard charmant! l’auteur du Génie du Christianisme, celui même àqui l’on a du de connaître d’abord l’étoile poétique d’André et la JeuneCaptive 1 , a rempli comme à plaisir la comparaison désirée, lorsqu’ilnous a montré les missionnaires clu Paraguay remontant les fleuves enpirogues, avec les nouveaux catéchumènes qui chantaient de saintscantiques : « Les néophytes répétaient les airs, dit-il, comme desoiseaux privés chantent pour attirer dans les rets de l’oiseleur les oiseauxsauvages. »
Le poëte, pour compléter ses tableaux, aurait parlé prophétique-ment de la découverte du Nouveau-Monde : « O Destins, hâtez-vousd’amener ce grand jour qui... qui...; mais non, Destins, éloignez ce jourfuneste, et, s’il se peut, qu’il n’arrive jamais! » Et il aurait flétri leshorreurs qui suivirent la conquête. Il n’aurait pas moins présagé Gamaet triomphé avec lui des périls amoncelés que lui opposa en vain
Des derniers Africains le cap noir des Tempêtes!
On a l’épilogue de Y Hermès presque achevé : toute la pensée phi-losophique d’André s’y résume et s’y exhale avec ferveur :
O mon fils, mon Hermès , ma plus belle espérance;
O fruit des longs travaux de ma persévérance,
Toi l’objet le plus cher des veilles de dix ans,
Qui m’as coûté des soins et si doux et si lents ;
Confident de ma joie et remède à mes peines;
Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines,
1. M. de Chateaubriand tenait cette pièce de M me de Beaumont, sœur de M. de La Lu-zerne, sous qui André avait été attaché à l’ambassade d’Angleterre : elle-même avait directe-ment connu le poëte. — La pièce de la Jeune Captive avait été déjà publiée dans la Décade,le 20 nivôse an III, moins de six mois après la mort du poëte ; mais elle y était restée commeenfouie.