Buch 
Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
Entstehung
Seite
508
JPEG-Download
 

508

ANDRÉ CHÉNIER.

Compagnon bien-aimé de mes pas incertains,

O mon fils, aujourd’hui quels seront tes destins?

Une mère longtemps se cache ses alarmes;

Elle-même à son fils veut attacher ses armes:

Mais quand il faut partir, ses bras, ses faibles brasNe peuvent sans terreur l’envoyer aux combats.

Dans la France, pour toi, que faut-il que j’espère?

Jadis, enfant chéri, dans la maison d’un pèreQui te regardait naître et grandir sous ses yeux,

Tu pouvais sans péril, disciple curieux,

Sur tout ce qui frappait ton enfance attentiveDonner un libre essor à ta langue naïve.

Plus de père aujourd’hui ! Le mensonge est puissant,

Il règne : dans ses mains luit un fer menaçant.

De la vérité sainte il déteste l’approche :

Il craint que son regard ne lui fasse un reproche,

Que ses traits, sa candeur, sa voix, son souvenir,

Tout menscnge qu’il est, ne le fasse pâlir.

Mais la vérité seule est une, est éternelle;

Le mensonge varie, et l’homme trop fidèleChange avec lui : pour lui les humains sont conslants,

Et roulent de mensonge en mensonge Boitants...

Ici, il y a une lacune; le canevas en prose y supplée : « Mais quandle temps aura précipité dans l’abîme ce qui est aujourd’hui sur le faîte,et que plusieurs siècles se seront écoulés l’un sur l’autre dans l’oubli,avec tout l’attirail des préjugés qui appartiennent à chacun d’eux, pourfaire place à des siècles nouveaux et à des erreurs nouvelles...

Le français ne sera dans ce monde nouveauQu’une écriture antique et non plus un langage ;

Oh ! si tu vis encore, alors peut-être un sage,

Près d’une lampe assis, dans l’étude plongé,

Te retrouvant poudreux, obscur, demi-rongé,

Voudra creuser le sens de tes lignes pensantes :

Il verra si du moins tes feuilles innocentesMéritaient ces rumeurs, ces tempêtes, ces crisQui vont sur toi, sans doute, éclater dans Paris;...

alors, peut-être... on verra si..., et si en écrivant, j’ai connu d’autrepassion.

Que l’amour des humains et de la vérité ! »