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CHATEAUBRIAND.
Grâce à Dieu, m’estimant à ma juste valeur, je n’ai jamais prétendu àl’empire... » Ce talent supérieur, c’est M me cle Staël qui se trouve tra-duite ici comme coupable (le croirait-on?) de n’avoir pas nommé M. deChateaubriand dans ce livre publié avant que M. de Chateaubriand fûtconnu, dans ce livre que M. de Chateaubriand a commencé lui-même parattaquer afin de se faire connaître. On n’en revient pas, et c’est à ne pascroire à de pareilles absences. Les remarques que je fais là sur le chapitrepurement littéraire, on les appliquerait également à toutes les parties dulivre. Partout se révèle et perce un amour-propre presque puéril, qui entoutes choses se préfère naïvement aux autres, qui se donne le beau rôleen le leur refusant, qui se pose en victime et tranche du généreux. Cettelèpre de vanité traverse en tous sens ces Mémoires, et vient gâter etcompromettre les parties élevées et nobles du talent. Nous autres littéra-teurs, en entendant d’abord ces lectures, séduits par les beaux morceaux,nous n’avions pas été assez sensibles à ce défaut capital ; mais le public,moins attentif à la main-d’œuvre et aux détails, ne s’y est pas trompé, etil n’a pas agréé l’homme à travers l’écrivain. Plus l’un lui avait été donnécomme grand, plus il a trouvé l’autre petit.
L’inconvénient capital de ces Mémoires est qu’on ne sait pas nette-ment à qui l’on a affaire en les lisant. Est-ce un homme de bonne foi,revenu de tout, un acteur retiré de la scène, qui cause et de lui et desautres, qui dit le bien et le mal, et nous découvre le secret de la comédie?Est-ce un acteur encore en scène qui continue avec hauteur et dignitéun rôle de théâtre? Il y a de l’un et il y a de l’autre. Le masque est enpartie tombé; mais l’auteur, à chaque moment, le reprend et se le rajustesur le visage, et, tout en le reprenant, il s’en moque et veut faire commes’il ne le mettait pas. A travers cette contradiction de mouvements, il sedessine lui-même et se trahit dans sa nature secrète, mais il se fait con-naître par le côté où il s’y attendait le moins, et on ne lui en sait pas gré.
Et par exemple, est-ce un homme revenu des préjugés de noblesseet de sang qui nous parle? Est-ce un gentilhomme sincèrement convertià l’égalité démocratique des mœurs modernes? Mais il commence parnous déployer en plusieurs pages, au moment de sa naissance, ses par-chemins et titre d’antique noblesse ; il est vrai qu’après cet exposégénéalogique il ajoute : « A la vue de mes parchemins, il ne tiendraitqu’à moi, si j’héritais de l’infatuation de mon père et de mon frère, de