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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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CHATEAUBRIAND.

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croire cadet des ducs de Bretagne... » Mais, en ce moment, que faites-vous donc, sinon de cumuler un reste de cette infatuation (comme vousdites) avec la prétention d’en être guéri? C’est là une prétention double,et au moins l’infatuation dont vous taxez votre père et votre frère étaitplus simple.

Est-ce un émigré complètement guéri des préjugés de l’émigrationà qui nous avons affaire, et qui, en nous parlant de sa campagne de 92pour les princes, la juge philosophiquement? On serait tenté un momentde le croire, et même M. de Chateaubriand va, selon moi, trop loinquand il dit : « Nous étions bien stupides sans doute, mais du moinsnous avions notre rapière au vent... » Cependant je tourne la page, etje vois qu’il semble prendre fait et cause pour l’émigration : « On criemaintenant contre les émigrés, dit-il; à l’époque dont je parle, on s’entenait aux vieux exemples, et l’honneur comptait autant que la patrie. »Encore un coup, avons-nous affaire à l’émigré convaincu et resté croyantà son droit, ou à l’émigré qui s’appelle lui-même stupide, et qui a l’airde se moquer de tout ce qu’il a enduré alors pour la plus grandegloire de la monarchie? Entre ces deux inspirations, pour nous inté-resser vraiment, il faudrait choisir.

Je dirai la même chose du royaliste en général, chez M. de Cha-teaubriand. Est-ce l’homme resté fidèle à ses affections du passé, quinous parle en maint endroit de ces Mémoires , ou l’homme qui ne tientà son parti que par point d’honneur, et tout en trouvant bête (c’est sonmot) l’objet de sa fidélité, et en le lui disant bien haut? La contradictionde même est là, et elle se fait sentir dans l’impression générale.

Et le chrétien! où est-il, et sommes-nous bien sûrs de l’avoir ren-contré en M. de Chateaubriand, et de le tenir? 11 est vrai qu’il répètesans cesse : « Comme je ne crois à rien, excepté en religion ... » Mais,cette espèce de parenthèse, qui revient à tout propos et hors de propos,est trop facile à retrancher, et, si on la retranche, que découvre-t-on?« Religion à part, dit M. de Chateaubriand (en un endroit où il parlede l’ivresse et de la folie), le bonheur est de s’ignorer et d’arriver à lamort sans avoir senti la vie. » Le plus souvent en effet, si l’on retranchecette parenthèse de religion qui est là comme pour la forme, on retrouveen M. de Chateaubriand tantôt une imagination sombre et sinistre commecelle d’Hamlet, et qui porte le doute, la désolation autour d’elle, tantôt

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