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CHATEAUBRIAND.
Farcy à son frère, et par laquelle elle lui annonçait la mort de sa mère.Mais les Mémoires d'Outre-Tombe, écrits si longtemps après, et sousl’influence de tant de souvenirs contradictoires et entre-croisés, n’ontpas une grande valeur en ce qui est la vérité réelle et positive. Aumoment où le Génie du Christianisme parut, Ginguené, qui renditcompte du livre dans la Décade, marqua dès le début de ses articlesqu’il ne se tenait point pour satisfait de l’explication vague et généraleque l’auteur donnait de sa conversion : il semblait même dénoncerquelque inexactitude dans le récit, et, sans trahir le secret de conver-sations confidentielles qu’il avait eues avec Chateaubriand, il y faisaitallusion de manière à inspirer des doutes au lecteur.
Je vais plus loin, et j’avance sans crainte dans cette voie plusqu’il ne l’a fait et que personne encore ne l’a pu faire, certain que jesuis de revenir à bien. Un document curieux existe, je l’ai sous lesyeux, et j’en puis parler en toute connaissance de cause : il nous livrel’état vrai, et trop vrai, des opinions, des croyances et de l’âme de Cha-teaubriand à la date de 1798, quelques mois seulement avant sa con-version et avant la conception première du Génie du Christianisme. Cedocument, voici en quoi il consiste :
Chateaubriand avait publié à Londres son Essai sur les Révolutionsen deux volumes qui n’en faisaient qu’un, un énorme in-8° de près de700 pages; il y avait versé toute son érudition historique juvénile, tousses rapprochements d’imagination, toutes ses audaces de pensée, sesmisanthropies ardentes et ses douleurs rêveuses ; livre rare et fécond,plein de germes, d’incohérences et de beautés, où est déjà recélé toutle Chateaubriand futur, avant l’art, mais non avant le talent. Quand jedis qu’il y avait tout mis et tout versé de lui-même, je me trompe : il yavait des points sur lesquels il s’était montré moins explicite et moinsdécidé qu’il ne l’était au fond réellement. Aussi, quelques mois aprèsavoir publié cet écrit et quand il comptait en donner une seconde édi-tion, il avait noté de sa main en marge sur un exemplaire diversesmodifications à y introduire, et, oubliant bientôt que l’exemplaireétaitdestiné à des imprimeurs, il s’était mis à y ajouter pour lui-même enguise de commentaires ses plus secrètes pensées. Je les lis de sa main,écrites à une date qui, à quelques mois près, ne peut guère être que1798. Il y a de ces remarques qui concernent Parny, Le Brun, Gin-