CHATEAUBRIAND.
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guené, Fontanes; elles ont cela de précieux de n’être point faites à dis-tance et de souvenir falsifié comme les notes de 1826, ni en vue d’aucunpublic, mais de peindre les choses et les gens à nu, tels qu’on les voitpour soi et qu’on les note à l’instant sur son carnet. Sur Parny, parexemple, on lit : « Le chevalier de Parny est grand, mince, le teintbrun, les yeux noirs enfoncés et fort vifs. Nous étions liés. Il n’a pas dedouceur dans la conversation. Un soir nous passâmes cinq heuresensemble, et il me parla d’Éléonore, etc. » Sur Le Brun, il y a un com-mencement de portrait qui, en trois coups de crayon, est admirable :« Le Brun a toutes les qualités du lyrique. Ses yeux sont âpres, sestempes chauves, sa taille élevée. Il est maigre, pâle, et, quand il réciteson Exegi monumentum, on croirait entendre Pindare aux Jeux olympi-ques... » Il n’est pas malaisé d’y surprendre des particularités qui con-vainquent les Mémoires dé Outre-Tombe de légère inexactitude. Ainsidans ces derniers Mémoires, racontant sa présentation à Versailles et saprésence à l’une des chasses royales, Chateaubriand veut que dans lesdeux circonstances Louis XVI ne lui ait parlé qu’une seule fois pour luidire un mot insignifiant : ici, dans une note de Y Essai, il remarque queLouis XVI lui a parlé deux fois, et il écrit même de sa main en margeles mots très-courts que le roi lui adressa dans les deux occasions ;mais ces mots, dont il ne reste que quelques lettres, ont été arrachéspar un ongle irrité. Quelque royaliste fervent, en parcourant le volume,aura été blessé de les voir dans la bouche de Louis XVI soit commetrop insignifiants, soit pour toute autre raison. On n’a pas eu la mêmesusceptibilité pour ce qui touche Dieu et les idées religieuses : sur cespoints l’opinion de Chateaubriand à cette date subsiste tout entière,inscrite de sa main en marge, dans des notes aggravantes et corrobora-tives du texte. Y a-t-il dans le texte, en effet, ces mots qui se rappor-tent à l’exposé de la doctrine des Stoïciens : « Dieu, la Matière, la Fata-lité ne font qu’Un »? Chateaubriand écrit en marge : « Voilà mon sys-tème, voilà ce que je crois. Oui, tout est chance, hasard, fatalité dansce monde, la réputation, l’honneur, la richesse, la vertu même... » Etcette note, qui peut tenir lieu des trois ou quatre autres qui sont aussiexpressives et aussi formelles sur le même sujet, finit en ces motssinistres : « Il y a peut-être un Dieu, mais c’est le Dieu d’Épicure ;il est trop grand, trop heureux pour s’occuper de nos affaires, et