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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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LAMARTINE.

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loir chercher des raisons il ny en a point pour elle; elle parle ences moments comme aurait pu le faire une platonicienne.

Allons au fond de notre critique et dégageons toute notre pensée :lauteur de Raphaël, dans cette partie délicate de son récit, a voulu toutnous dire, et il na pas osé. 11 a essayé de faire une confession entière,et il sest arrêté à mi-chemin, en songeant que cétait aussi la confes-sion dune autre. 11 a essayé de combiner ce quil croyait devoir à lamémoire dElvire, et ce quil devait à lintérêt actuel du roman. 11 ainventé, à cette fin, des obstacles, des impossibilités, pour rendre vrai-semblable ce qui ne lest pas, impossibilités qui deviennent elles-mêmesdénormes invraisemblances. Faut-il, après cela, sétonner quon lesurprenne par endroits dans quelques contradictions? On a beaucoup ditde mal de Rousseau et de ses Confessions, tout en les goûtant. Je croisque moment quon se décide à faire des Confessions, il ny a pas àmarchander : il faut les faire vraies, fidèles, supprimer le moins possi-ble, ne rien inventer, et surtout ne sophistiquer jamais. Or, on sent àtout moment dans Raphaël laltération, le renchérissement subtil etsophistique de ce qui a exister à létat de passion plus simple; onsent la fable qui sinsinue. Cest surtout dans les conversations des deuxamants sur le lac, dans ces dissertations à perte de vue sur Dieu, surlinfini, que je crois sentir linvasion de ce que jappelle la fable et lesystème. Ici, lanachronisme moral devient évident. Jamais une jeunefemme, vers 1817 ou 1818, fût-elle à la hauteur philosophique deM rae de Condorcet, na causé ainsi; cest le panthéisme (le mot nétaitpas inventé alors), le panthéisme, disons-nous, de quelque femme, espritfort et bel-esprit de 1848, que lauteur de Raphaël aura mis après coupdans la bouche de la pauvre Elvire, qui nen peut mais. Jamais Elvire,en montrant le soleil couchant à son ami, a-t-elle pu lui dire : « Vois-tu le disque à moitié plongé derrière ces sapins qui ressemblent à descils de la paupière du ciel? » Et, si épris, si enivré que fût son amant,il ne sexprimait point encore alors comme il fait aujourdhui: « Jouvraisles bras à lair, au lac, à la lumière, comme si jeusse voulu étreindrela nature et la remercier de sêtre incarnée et animée pour moi dans unêtre qui rassemblait, à mes yeux, tous ses mystères, toute sa bonté,toute sa vie, tout son enivrement!... Je nétais plus un homme, jétaisun hymne vivant, criant, chantant , priant , invoquant, remerciant, ado-