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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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LAMARTINE.

rant, débordant, etc., etc. » Jabrège la litanie. Et encore : « Il y avaitclans nos âmes assez de vie et assez damour pour animer toute cettenature, eaux, ciel, terre, rochers, arbres, cèdres et hysope, et pour leurfaire rendre des soupirs, des ardeurs, des étreintes, des voix, des cris,des parfums, des flammes, etc., etc. » Et plus loin, parlant de Julie,après avoir épuisé, ce semble, les termes passionnés: « Je lui cherchaisdes noms, dit-il, je nen trouvais pas. A défaut de nom, je lappelais enmoi-même mystère : je lui rendais sous ce nom un culte qui tenait dela terre par la tendresse, de lextase par lenthousiasme, de la réalitépar la présence, et du ciel par ladoration. » On voudrait bien, à laidede ces grands mots délirants, simuler lenthousiasme quon na plus, etlon ne réussit à surprendre un moment que quelques âmes ouvertes etfaciles qui croient encore à toutes les paroles.

Je ninsisterai pas sur les grandes scènes du roman, pas même surcelle du suicide, qui est encadrée magnifiquement, comme toujours,mais qui, telle quelle nous est racontée, manque son effet, et qui finitdailleurs assez ridiculement. Je mattache au seul personnage de Julie, quifait lâme du livre, et je lui applique ce que M. de Lamartine lui-même,dans lun des beaux passages du volume, dans sa visite aux Charmettes,nous a dit de M me de Warens : « Je défie un homme raisonnable, affirme-t-il, de recomposer avec vraisemblance le caractère que Rousseau donneà son amante, des éléments contradictoires quil associe dans cettenature de femme. Lun de ces éléments exclut lautre. » Je dirai donc,en raisonnant exactement comme M. de Lamartine, et en opposant leséléments contradictoires dont il compose lamante de Raphaël : Si Julieest incrédule, elle ne doit point parler de Dieu à chaque instant. Si elleest matérialiste, elle ne doit point avoir tant de mépris pour la matièreet pour les sensations. Si elle a épousé les doctrines de lécole de Caba-nis, elle ne saurait tant admirer M. de Bonald. Si, à un certain moment,elle sest convertie à Dieu, ce dut être au Dieu des chrétiens, au Dieudu crucifix, au seul Dieu enfin que confessât alors son amant. Dans aucuncas, elle ne saurait sexprimer comme personne navait lidée de sex-primer à cette date. Elle ne saurait être coupable de lespèce de gali-matias double (on va en juger) que Raphaël lui prête dans ce momentsolennel de la conversion : « Dieu! Dieu! Dieu! sécria-t-elle encorecomme si elle eut voulu sapprendre à elle-même une langue nouvelle ;