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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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LAMARTINE.

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Dieu, c est vousl Dieu, c'est moi pour vous! Dieu, cest nous , Raphaël,me comprenez-vous? Non , vous ne serez plus Raphaël , vous êtes monculte de Dieu! » Jen conclus que la véritable Elvire aurait peine à sereconnaître dans les pages alambiquées du roman panthéiste de M. deLamartine, et je la restitue dans mon imagination telle quelle apparutla première fois au bord de ce lac, bien différente, au jeune poëte lui-même si différent !

A travers le factice et le faux que je crois avoir assez indiqués, onnoterait (gardons-nous de loublier), dans presque tous les chapitresou couplets dont se compose le récit, des accents vrais, des touchesheureuses et fines, inexplicable mélange qui déconcerte, et qui est plusfait pour attrister le lecteur déjà mûr que pour le consoler. Dans undernier pèlerinage dadieu, quavant de quitter leur séjour de bonheur,les deux amants vont faire à tous les sites préférés, montrant de loin dudoigt à son ami la petite maison de pêcheur dans laquelle ils se sontrencontrés pour la première fois, et qui est à peine visible à lhorizon,Julie lui dit avec sentiment « : Cest! Y aura-t-il un lieu et un jour,ajouta-t-elle tristement, la mémoire de ce qui sest passé en nous,, dans des heures immortelles, ne vous apparaîtra plus, dans le loin-tain de votre avenir, que comme cette petite tache sur le fond ténébreuxde cette côte? » Accent vrai, parole naturelle et sentie, comme jenaurais voulu toujours entendre! Mais ne pourrait-on pas lui répondre :11 y aura quelque chose de plus triste pour vous, pour la mémoire deces heures immortelles, que dêtre reléguée comme un point à peinevisible dans le lointain du passé : ce sera de nêtre prise un jour, denêtre étalée et exposée aux yeux de tous que comme un prétexte à desrêves nouveaux, comme canevas à des broderies et à des pensées nou-velles.

Trois endroits mont particulièrement frappé en bien dans levolume, et ils ne se rapportent point au roman : cest dabord la visiteaux Charmettes, M. de Lamartine a parlé de Rousseau avec éloquenceet vérité. Cest ensuite cette autre visite que fait le jeune poëte, sonmanuscrit des Méditations en main, chez limprimeur Didot : la physio-nomie de lestimable libraire classique, son refus, ses motifs, tout celaest raconté avec esprit et malice ; le poëte en a tiré une charmante ven-geance. Enfin, le plus émouvant passage est certainement lhistoire du