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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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lORTIiAJ'f 1)B MADAME RE SÉVIU.

XVI

ne voit plus quil manque quelque chose à la régularité de vos traits, et lon vous cèdela beauté du inonde la plus achevée. Vous pouvez juger que si je vous suis inconnu,vous ne mêtes pas inconnue; et quil faut que jaie eu plus dune lois lhonneur devous voir et de vous entendre, pour avoir démêlé ce qui lait en vous cet agrément donttout le monde est surpris.

Mais je veux encore vous faire voir, madame, que je ne connois pas moins les qua-lités solides qui sont en vous que je lais les agréables dont on est touché. Votre âmeest grande, noble, propre à dispenser des trésors, et incapable de sabaisser aux soinsden amasser. Vous êtes sensible à la gloire et à lambition, et vous ne lêtes pas moinsaux plaisirs : vous paraissez née pour eux, et il semble quils soient laits pour vous;votre présence augmente les divertissements, et les divertissements augmentent votrebeauté, lorsquils vous environnent.

Enfin la joie est létat véritable de votre âme, et le chagrin vous est plus contrairequà qui que ce soit. Vous êtes naturellement tendre et passionnée; mais, à la honte denotre sexe, cette tendresse vous a été inutile, et vous lavez renfermée dans le vôtre, enla donnant à madame de la Fayette. Ah! madame, sil y avoil quelquun au mondedassez heureux pour que vous ne leussiez pas trouvé indigne du trésor dont elle jouit,et quil neût pas tout mis en usage pour le posséder, il mériterait de souffrir seultoutes les disgrâces à quoi lamour peut soumettre tous ceux qui vivent sous son em-pire. (Juel bonheur dêtre le maître dun cœur comme le vôtre, dont les sentimentslussent expliqués par cet esprit galant que les dieux vous ont donné! Votre cœur, ma-dame, est sans doute un bien qui uc peut se mériter; jamais il ny en eut un si géné-reux, si bien fait et si fidèle. Il y a des gens qui vous soupçonnent de ne pas le montrertoujours tel quil est; mais, au contraire, vous êtes si accoutumée à ny rien sentir quine vous soit honorable, que même vous y laissez voir quelquefois ce que la prudence'v ous obligerait de cacher. Vous êtes la plus civile et la plus obligeante personne qui aitjamais été; et, par un air libre et doux qui est dans toutes vos actions, les plus simplescompliments de bienséance paraissent en votre bouche clés protestations damitié; ettous les gens qui sortent dauprès de vous sen vont persuadés de votre estime et devotre bienveillance, sans quils puissent se dirent à eux-mêmes quelle marque vous leuravez donnée de lune et de lautre.

Enfin, vous avez reçu des grâces du ciel qui nont jamais été données quà vous; etle monde vous csl obligé de lui être venue montrer mille agréables qualités qui jusquicilui avoient été inconnues. Je ne veux point membarquer à vous les dépeindra toutes,car je romprais le dessein que jai lait de uc pas vous accabler de louanges...